Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 69.djvu/79

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Guise au profit de Jean de Luxembourg, seigneur de Beaurevoir, parut à ce prince timoré un avertissement dont il aurait été imprudent de ne pas tenir compte. Il se rendit donc à Dijon dans les premiers jours de mai ; là, il conclut une trêve d’un an avec la Bourgogne et prêta entre les mains du duc son hôte le serment d’obéissance à Henri V. En retour, Philippe lui promit d’obtenir du roi d’Angleterre avant le 10 août suivant, l’engagement de faire cesser tout acte d’hostilité sur les marches de la Lorraine, du Barrois et du royaume de France.

Etienne de Vignolles, dit La Hire, et Jean Raoulet, ces intrépides champions du parti du dauphin sur les frontières orientales de la Champagne, avaient eu déjà des démêlés avec le tuteur du jeune duc de Bar au sujet du paiement de l’arriéré de leur solde ; lorsqu’ils apprirent que le beau-père de René d’Anjou venait de faire acte de soumission au roi d’Angleterre, ils furent transportés de fureur et se mirent en devoir de tirer vengeance de ce qu’ils considéraient non-seulement comme une lâcheté, mais encore comme une trahison. Maîtres de Vitry, dont ils avaient fait leur base d’opérations, ils établirent des postes avancés à Étrépy, à Sermaize et à Revigny, d’où ils portèrent la dévastation et l’incendie dans le Barrois occidental et méridional. Renforcés par Perrin de Montdoré, seigneur d’Ancerville, ils détruisirent à peu près complètement dix-huit villages qui font aujourd’hui partie des cantons de Ligny, de Revigny, d’Ancerville, de Montiers, de Vavincourt, de Bar-le-Duc, de Pierrefitte et de Commercy. Dans les comptes des receveurs du duché de Bar pour l’année 1423, on rencontre à chaque page la mention d’églises incendiées, de hameaux rasés, de maisons démolies, de paroisses absolument désertes ; en beaucoup d’endroits, la recette des tailles fut nulle faute d’habitans pour les payer. Pour mettre un terme à ces déprédations, Jean, comte de Salm, gouverneur général du Barrois pour le duc de Lorraine, ayant réuni un petit corps d’armée d’environ deux cents chevaux, vint, pendant la première quinzaine d’avril 1423, mettre le siège devant Sermaize. La place fut emportée d’assaut après une résistance opiniâtre, et le comte de Salm leva sur les habitans une contribution de guerre de 1,500 écus d’or. Ce siège fut marqué par un incident dont il est question à plusieurs reprises dans l’enquête faite à Vitry les 2 et 3 novembre 1476 sur la descendance de Jean de Vouthon, oncle maternel de la Pucelle. Un coup de bombarde, tiré par les assiégeais, tua Collot Turlaut ou Turlot, marié depuis deux ans seulement à Mengotte, fille de Jean de Vouthon et par conséquent cousine germaine de Jeanne d’Arc. Celle-ci dut compatir vivement à la douleur de la jeune veuve qu’elle aimait comme une sœur et maudit sans doute l’horrible guerre qui infligeait ce premier deuil à sa famille.