Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/487

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Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis le jour où l’un des maîtres les plus aimés de la philosophie française, Jouffroy, se demandait Comment les dogmes finissent. C’était vers les dernières années de la Restauration : l’église et la royauté tendaient alors à se rapprocher dans une alliance trop étroite, funeste à l’une comme à l’autre. Jouffroy n’entendait parler que des dogmes religieux, qui semblaient menaçans pour la société civile, et il répondit à la question posée avec la sincérité dramatique d’une conscience qui avait connu ces dogmes, qui en avait vécu, qui s’en était détachée, un jour, par un douloureux effort, et qui, en combattant contre eux, croyait combattre pour la raison et la liberté.

La prophétie philosophique du Globe a reçu plus d’un démenti. Depuis ce temps, la vie religieuse a reconquis dans le domaine des âmes, sinon dans le domaine temporel, une grande portion du terrain perdu. D’autre part, les doctrines auxquelles l’auteur avait attaché sa foi philosophique sont à leur tour menacées. A l’heure qu’il est, si les dogmes sont en péril, cela doit s’entendre des dogmes spiritualistes aussi bien que des autres ; et c’est d’eux particulièrement que nous devons nous occuper ici. En traçant les pages célèbres que nous rappelons aux nouvelles générations comme le manifeste hautain et mélancolique d’une école, Jouffroy ne prévoyait pas