Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 73.djvu/722

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toujours à sa cause, elle inspire les mêmes sympathies. Son erreur ou son malheur aujourd’hui, si elle ne s’arrêtait pas, serait de se mettre en contradiction avec la volonté évidente de la diplomatie, avec tous les intérêts pacifiques de l’Occident. Si elle avait eu un dernier espoir à la nouvelle d’une crise ministérielle en Angleterre, ce ne serait qu’une illusion de plus. M. Gladstone lui-même n’a pas laissé ignorer à la Grèce que ce qu’elle avait de mieux à faire était de se rendre aux désirs de l’Europe, et le retour du vieux chef libéral au pouvoir ne serait certainement pas favorable à une guerre nouvelle pour les revendications helléniques.

Au moment, en effet, où toutes ces affaires orientales en étaient encore à se débrouiller dans la mer de Grèce comme dans les Balkans, la question ministérielle renaissait en Angleterre. Elle était évidemment inévitable. Elle a pu rester indécise tant que le nouveau parlement n’était pas réuni, d’autant plus que les chefs des partis évitaient de s’expliquer et semblaient se réserver. Maintenant, le parlement sorti des dernières élections est réuni. Il a été ouvert, il y a quelques jours à peine, avec une solennité exceptionnelle, par la reine elle-même, qui, pour la première fois depuis bien des années, a relevé la cérémonie de sa présence, comme pour donner une marque de faveur à son ministère. La reine Victoria a, de plus, vraisemblablement tenu à aller à Westminster dans des circonstances qui ne laissent pas d’être graves, et, à entendre son langage, l’accent avec lequel elle a parlé des « tentatives contre l’union de l’Irlande avec la Grande-Bretagne, » l’appel qu’elle a fait au parlement et au peuple anglais pour le maintien de l’empire britannique, on a senti bien vite que là était le point décisif sur lequel la grande bataille allait s’engager. Elle s’est effectivement engagée dès le débat de l’adresse. Les affaires extérieures ne pouvaient soulever, pour le moment, de graves difficultés. L’opposition n’a pas fait de querelles sérieuses à lord Salisbury, ni sur les règlemens des affaires de l’Afghanistan, ni sur les affaires d’Egypte, ni même sur sa politique en Orient et sur son intervention en Grèce. C’était la question irlandaise qui dominait tout. Ce n’est pas qu’elle ait été abordée sur-le-champ. Le ministère, sans trop dissimuler qu’il avait pris son parti sur la question irlandaise, a visiblement essayé de l’ajourner ; il aurait voulu soumettre d’abord à la chambre des communes une réforme de la procédure parlementaire. M. Gladstone, de son côté, évitait encore de s’expliquer, attendant, disait-il, les communications du gouvernement. Bref, il y a eu d’abord, de part et d’autre, une certaine stratégie ; mais bientôt la force des choses l’a emporté. Le gouvernement a avoué ses desseins de répression en Irlande et, à la première occasion, à propos d’un amendement de M. Jesse Collings sur certains avantages agricoles à faire aux paysans,