Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/236

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M. le ministre des cultes qui prétend fièrement se mesurer avec les cardinaux et qui ne respecte pas toujours Tàge, s’est offensé du langage de quelques évêques qui n’ont pas reçu assez humblement la signification de ses ordres ; il s’est fâché, et l’un des prélats, M. l’évoque de Ramiers, a été traduit devant le conseil d’état comme prévenu d’abus pour une lettre pastorale. Soit, juâque-Ià il n’y a rien que de régulier ; mais c’est ici que l’aventure devient extraordinaire et que la politique nouvelle se dévoile dans son ingénieuse duplicité.

Comment suppose-t-on que le conseil d’état a bien pu motiver la déclaration d’abus qu’il ne pouvait refuser au gouvernement ? C’est une merveille d’interprétation juridique. Le jugement est hors de cause, les motifs sont curieux. Le conseil d’état aurait pu ne rien dire, il aurait pu n’invoquer que des raisons générales : il a trouvé mieux I Il déclare « qu’en droit toute paroisse légalement établie doit être desservie, que si par une cause quelconque le serice du culte ne peut être assuré par le titulaire d’une cure, il appartient à l’évêque d’y pourvoir suivant l’exigence des cas ; » il ajoute qu’au lieu de s’occuper d’accomplir ce devoir, M. l’évêque de Paraiers a eu le tort de « s’adresser directement aux fidèles de plusieurs paroisses et de faire naître dans leur esprit la crainte de la suspension du service religieux,.. » qu’il a ainsi dénaturé le caractère de la décision ministérielle et « fait usage d’un procédé pouvant troubler arbitrairement les consciences. » De sorte que c’est le ministre qui supprime le traitement d’une cure « légalement établie, » — c’est l’évêque qui est responsable de l’interruption du service religieux, qui est seul coupable si les populations n’ont pas leur curé pour baptiser leurs enfans, pour visiter leurs malades, pour accompagner leurs morts ! Et avec quoi veut-on qu’un évêque, celui de Pamiers ou tout autre, fasse vivre ses prêtres, si on supprime leur traitement et si, d’un autre côté, il ne peut pas s’adresser aux fidèles pour leur demander des ressources ? Où veut-on qu’il trouve de nouveaux prêtres, en l’absence de ceux qui sont frappés, lorsqu’on fait tout ce qu’on peut pour rendre chaque jour plus dilïicile le recrutement du clergé ? Il faudrait du moins être franc, avouer le but qu’on poursuit, au lieu de se perdre dans d’indignes subtilités ; mais on veut tout à la fois frapper des prêtres suspects et ne pas laisser croire aux populations qu’on peut troubler leur service religieux. Voilà le secret l M. le ministre de l’instraclion publique et des cultes a eu, dit-on, autrefois, il doit y avoir longtemps, quelques idées ou quelques velléités vaguement libérales. Il s’en est visiblement corrigé, il y a renoncé dans sa double fonction. Le ministre des cultes le prouve avec ses singuliers procédés dans les affaires religieuses, et le ministre de l’instruction publique se montre, certes, un étrange libéral dans cette di » * cussion si sérieuse, si savante, si instructive qui sedérouleencorcdevanl le sénat, qui a en apparence pour objet Torganisation de l’enseigne-