Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/476

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passions, de leurs violences, de leurs faiblesses pour toutes les agitations, de leurs idées fausses.

Que voit-on depuis quelques jours, dans cette malheureuse affaire de Decazeville, qui a commencé par le plus odieux des crimes, par le meurtre d’un ingénieur, qui continue par une grève désastreuse ? Assurément, il n’y a rien de plus délicat que ces questions de salaires qui mettent parfois aux prises des sociétés chargées de la direction, de la responsabilité d’une grande industrie, et leurs ouvriers ; qui sont, dans tous les cas, une source de ruine et de misère. Ce serait, à ce qu’il semble, une raison de plus pour montrer une grande réserve, pouf éviter tout ce qui peut prolonger ou envenimer une telle crise. Qu’a-t-on fait cependant ? On a commencé par multiplier les interpellations, paf assiéger les ministres, par déclamer contre les plus simples mesures de police, par mettre le feu aux passions ; on a fait ce qu’on a pu pour transformer un différend toujoui’s conciliable en guerre déclarée entre une compagnie et ses ouvriers, entre ce qu’on appelle pompeusement le capital et le travail. On a, sans nul doute, aggravé la situation, et si le gouvernement, après atoir paru un moment hésiter, a senti le danger, s’il a montré plus de fermeté, il a été dépassé et débordé par d’autres qui ont vu, avant tout, dans ces malheureux événemens une occasion d’agitation. Le conseil municipal de Paris, qui se mêle de tout, s’en est mêlé, et a voté des fonds pour les grévistes de Decazeyille, — probablement parce qu’il n’a pas de misères à secourir à Paris. Des députés se sont cru permis de quitter le Palais-Bourbon pour aller porter dans le bassin de l’Aveyron leurs déclamations et leurs encouragemens, pour aller souienir la grève à outrance.

Eh bien ! on a réussi jusqu’à un certain point : la grève se prolonge, la crise sévit dans l’Aveyron. Et après ? A parler franchement, s’il y a quelque chose d’odieux et de révoltant, c’est le rôle des agitateurs qui vont abuser, fanatiser des populations en leur enseignant le meurtre, la guerre au patron, — et M. le ministre des travaux publics avait certes raison, ces jours derniers, en faisant peser sur eux une lourde responsabilité. Ce feont les excitateurs qui font l’apologie du meurtre, qui imaginent des euphémismes pour désigner l’assassinat, et ce sont les ouvriers égarés par leurs coupables polémiques qui sont punis pour avoir répété ce qu’ils ont entendu ou lu. Ce sont les agitateurs qui prêchent à letlr aise la grève à outrance, et ce sont les ouvriers qui on porteront là peine, qui, le jour où ils devront reprendre leur travail, auront à dévorer la misère qu’ils se seront prépai’ée en écoutant ceux qui les tfortipcm. Ce jour-là, les déclamateurs disparaîtront. Le conseil municipal de Paris ne votera plus de fonds pour des grévistes rentrés aux mines ! Les ouvriers seront les premières victimes, cela n’est pas douicux, et ce n’est pas tout. Cette crise industrielle dont on parle toujours, qui est offcciivemcht assez générale et trop réelle, est-ce