Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/783

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sa pensée avait été payée d’ingratitude, que la révolution avait pénétré au Quirinal et qu’il n’avait dû son salut qu’à une fuite précipitée. En opposant le dédain aux exhortations de l’empereur, il rompait les ponts, et livrait ce qui restait du domaine de Saint-Pierre aux hasards des événemens. Ses vertus étaient grandes, sa foi ardente, il inspirait le respect et la vénération, il subjuguait les âmes. Il a étendu et fortifié le pouvoir spirituel de l’église, mais ses visions mystiques lui enlevaient la claire perception des réalités. Ses prédécesseurs avaient gagné et perdu des provinces, ils avaient subi les vicissitudes des souverainetés temporelles ; Pie IX se refusait à tenir compte des enseignemens de l’histoire, il aimait mieux tout perdre que de rien concéder.

La cour de Rome assurément ne pouvait applaudir à un arrangement qui tout en interdisant à l’Italie les entreprises violentes contre le saint-siège, l’autorisait à poursuivre la conciliation de ses intérêts avec ceux du pape sur le principe de la séparation de l’église et de l’état. La convention enlevait au Vatican sa quiétude, elle permettait la discussion de ses dogmes et l’exposait à la polémique irritante de la presse antireligieuse. Mais, en retour, elle lui assurait une garantie internationale que la France s’engageait solennellement à faire respecter. Les faiblesses de Napoléon III à l’égard de l’Italie étaient parfois excessives, mais jamais, à aucune heure de son règne, il n’avait en la pensée sacrilège de lui sacrifier le chef de l’église. Ne refusait-il pas à Metz, au mois d’août 1870, à la veille de ses défaites, le traité que lui apportait le comte Vimercati, parce qu’il ne conciliait pas ses devoirs envers la papauté avec les exigences italiennes ? Il avait déclaré d’ailleurs dans les termes les plus explicites en reconnaissant le nouveau royaume, au lendemain de la mort du comte de Cavour, dans une lettre à Victor-Emmanuel, que jamais il ne permettrait la dépossession temporelle du pape.

« J’ai été heureux, écrivait-il au roi, de reconnaître le royaume d’Italie au moment où Votre Majesté perdait l’homme qui avait contribué à la régénération de son pays. Par là j’ai voulu donner une