Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/837

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à d’autres d’un rang plus élevé et d’une origine plus récente : ce sont là des séries, et chacune d’elles a affecté une marche spéciale. De même, en ce qui touche les animaux, les aquatiques et les marins n’ont pas en les mêmes destinées que ceux d’eau douce, ni que les terrestres ; et les terrestres supérieurs ne se sont pas comportés comme les terrestres inférieurs ou amphibies. Parmi les vertébrés, plus élevés que les autres animaux, il en est, comme les poissons, qui sont toujours restés aquatiques, et, parmi les vertébrés terrestres, il en est, comme les mammifères, qui tiennent incontestablement le premier rang, qu’ils nagent d’ailleurs ou marchent sur le sol, en se divisant en séries partielles, chacune d’elles ayant son histoire et suivant sa marche à part des autres. D’autres enfin, tels que les oiseaux, sont voués plus spécialement au vol et à la vie aérienne. — Eh bien ! il n’est aucune de ces catégories, prises dans leur ensemble ou dans chacune de leurs subdivisions, qui n’ait son histoire, qui n’ait évolué à part, enfin qui n’ait été l’objet d’une élaboration spéciale. Il n’y a jamais eu, on peut le dire, de mouvement impulsif agissant à la fois sur tous les êtres, pour les faire avancer ou les renouveler-mais chaque série, une fois engagée dans les voies qui lui sont propres, plus ou moins hâtive dans sa marche, s’est transformée plus ou moins vite, avant de se fixer définitivement ; les séries les plus élevées étant aussi les dernières à revêtir leurs caractères différentiels. C’est là ce qui explique les contrastes que présente la nature vivante à chaque moment du passé où il nous soit donné de l’interroger. Les êtres « s’attendent, » on peut le dire ; les uns touchent au but, tandis qu’il reste aux autres un long chemin à parcourir avant de l’atteindre. Les fougères en arbre du premier âge ne diffèrent qu’à peine de celles de nos jours, acclimatées sur les mêmes rivages que leurs devancières ; mais la masse principale du règne végétal, alors à peine ébauché, ne se complétera que vers la fin de la craie. Depuis lors, le monde des plantes ne changera guère et seulement à l’aide de migrations et de substitutions ; mais les oiseaux et les mammifères ne présentent encore que des séries rudimentaires ; il faudra des siècles par milliers avant que la plupart de ces séries aient achevé de fixer leurs traits, et chacune d’elles aura sa marche plus ou moins rapide, selon le degré de complexité qu’il lui sera donné d’acquérir. L’homme lui-même se montrera fidèle à cette même loi ; il sera le couronnement suprême de l’édifice de la création. Il apportera en ce monde un élément de plus, celui de l’intelligence raisonnée et consciente.


G. DE SAPORTA.