Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/886

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sont bien inférieurs à ceux que fournit la statistique des contrées du Nord de l’Europe et de l’Amérique [1], mais ils n’en sont pas moins dignes de toute l’attention des hygiénistes et des représentans du pays. Je vais calculer maintenant ce que cette boisson coûte à la France.

Je commence par éliminer de mon calcul toutes les boissons fermentées (vins, bière, cidre, etc.) et même les eaux-de-vie de bon aloi (eaux-de-vie de vin, de marc, de cidre ou de fruits). Elles sont assurément la cause de nombreuses ivresses, mais il faut faire la part de l’hygiène qui les réclame et puis aussi de ce penchant qui entraîne les hommes vers les liqueurs fermentées et auquel il faut bien donner satisfaction dans une certaine mesure. Je ne fais le procès qu’aux esprits d’industrie, à ceux qui causent une ivresse toxique, et je n’ai d’autre but que de montrer ce qu’ils coûtent à notre pays, ou, en d’autres termes, ce qu’il économiserait chaque année si la fabrication et l’introduction de ces produits étaient complètement interdites.

Notre consommation annuelle est de 1,444,156 hectolitres. Le prix moyen de l’hectolitre a été, depuis dix ans, de 63 francs [2]. Cela fait donc une dépense annuelle de 90,981,828 francs. Voilà un premier chiffre constant, irréfutable.

Le second, celui qui résulte des dépenses et des pertes causées par l’ivresse, est plus difficile à établir. On peut, toutefois, y arriver d’une façon approximative en calculant ce que l’alcoolisme coûte en journées de travail perdues, en frais de traitement et de chômage, en supputant la part qui lui revient dans les frais de justice, les pertes occasionnées par les suicides et par l’aliénation mentale.

Pour calculer le premier de ces élémens, il faut d’abord évaluer la quantité d’alcool nécessaire pour déterminer chez un adulte une ivresse capable de l’empêcher de travailler pendant une journée.

  1. En Angleterre, la consommation annuelle est de 1.924.470 hectolitres pour tout le royaume-uni, ce qui donne 6 litres 06 par tête. En 1870, elle a été aux États-Unis de 3.282.000 hectolitres pour une population de 38.558.371 habitans, soit 8 litres 50 par individu. En Suède, la même année, elle s’est élevée à 10 litres 34 par tête, en Russie à 10 litres 69, en Danemark à 16 litres 51, en Belgique à 8 litres 56, en Prusse à 7 litres et en Suisse à 7 litres 50. Il est à peine besoin de dire que les alcools consommés dans les pays qui ne produisent pas de vin sont tous des esprits d’industrie puisqu’on France, pays essentiellement vignoble, les eaux-de-vie de vin n’entrent que pour 1/35e dans la consommation totale.
  2. Il a diminué depuis quelques années par le lait de la concurrence étrangère. L’importation a triplé depuis dix ans. En 1881, elle était déjà de 238.919 hectolitres. Ce sont surtout les alcools allemands qui nous arrivent. Aujourd’hui le prix de l’hectolitre sur nos marchés varie de 50 à 55 francs.