Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 74.djvu/952

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La vérité est qu’on sent bien quelquefois ces difficultés, qui sont certainement nombreuses, qui renaissent tous les jours dans les affaires financières et industrielles comme dans les affaires morales de la France, mais qu’on recule devant l’aveu des fautes qui les ont créées et accumulées depuis quelques années. On sent le mal, on ne veut pas en avouer la cause ; on ne veut pas convenir qu’on s’est trompé, pour n’avoir pas à reconnaître que le mieux serait sans doute de changer de politique. Avant tout on tient à sauver l’intérêt de parti, dût-on employer tous les artifices, — et voilà ce qui arrive ! Au moment des élections, lorsqu’on est intéressé à abuser l’opinion, à prolonger au moins les illusions du pays, les protestations officielles sont répandues à profusion jusque dans le moindre village contre ceux qui osent parler des embarras financiers, des déficits, de la nécessité de nouveaux emprunts et de taxes nouvelles. Ce n’est là qu’une invention monarchiste et cléricale, imaginée pour discréditer la république et les républicains ! Il y a trois mois à peine, un nouveau ministère se forme, et plus que jamais il déclare qu’il n’y aura ni emprunts ni impôts : c’est toujours pour répondre aux réactionnaires ! Puis arrive cependant un jour, il y a moins d’un mois de cela, où M. le ministre des finances est obligé de proposer, avec son budget, un emprunt de quinze cents millions pour dégager la dette flottante, une augmentation d’impôt pour combler les déficits et pour suffire aux dépenses nouvelles. On feint alors la surprise. La commission du budget se débat, ajourne ou scinde les projets ministériels, réduit l’emprunt à neuf cents millions, — et M. le président du conseil, qui est un esprit plein de ressources, survient fort à propos pour tout arranger avec la commission en lui laissant entrevoir une fois de plus le fantôme monarchiste ! M. le président du conseil est homme à tout expliquer et à tout concilier en démontrant merveilleusement que la déclaration du mois de janvier ne dit pas ce qu’on lui fait dire, que l’emprunt proposé n’est pas un emprunt, que tout est pour le mieux dans la plus prospère des situations, et que les républicains après tout, peuvent se rassurer. C’est entendu ! Ouvrir le grand livre pour les quinze cents millions réclamés par le gouvernement ou pour les neuf cents millions qui ont été accordés en définitive, ce n’est pas emprunter, au dire de M. le président du conseil. Demander des ressources au crédit et des impôts nouveaux, c’est un signe de prospérité, c’est surtout le signe d’une administration prévoyante. Et voilà comment, pour dissimuler des fautes, on est obligé de se contredire sans cesse, comment aussi, pour pallier des contradictions, on est réduit à recourir aux plus bizarres subtilités !

Qu’un emprunt fût nécessaire dans une situation financière devenue difficile, en dépit de toutes les déclarations, soit ; ce n’est pas là ce