Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/125

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travers étaient grands sans doute, mais ils ne l’étaient pas assez pour faire oublier ses qualités et justifier un pareil déchaînement. L’empire récoltait ce qu’il avait semé ; le principe révolutionnaire des nationalités se retournait contre lui ; il devenait l’auxiliaire secret des ambitions italiennes et des ambitions prussiennes. Des politiques habiles et sans scrupules s’en faisaient une arme pour nous affaiblir et nous paralyser.

La France, qui a tant contribué à l’émancipation des Grecs, des Polonais, des Hongrois, des Roumains, des Serbes et des Italiens, pleure, mutilée aujourd’hui, les erreurs de sa politique sans qu’aucun des peuples qu’elle a affranchis et qu’aucun des gouvernemens qu’elle a soutenus dans la mauvaise fortune compatisse à ses revers, au sort des provinces qu’elle a perdues. L’Europe s’est transformée, elle ne sacrifie plus aux aspirations généreuses ; elle a changé de maître, elle a substitué à un empire débonnaire qui poursuivait la fraternité universelle et préconisait la politique des congrès un empire réaliste, qui impose sa loi et subordonne tout, jusqu’aux considérations d’Humanité, aux intérêts de sa domination.


II. — LE PLAN ET L’ARRESTATION DE GARIBALDI. LES ÉQUIVOQUES DE M. RATTAZZI.

Garibaldi était obscurément reparti pour l’Italie. Les ovations dont il avait été l’objet à son arrivée à Genève ne s’étaient pas reproduites à son départ. Ses sorties déplacées contre la papauté avaient trouvé peu d’échos sur les bords du lac Léman. Son éloquence n’avait d’attrait que pour ceux qui étaient comme lui possédés par l’idée de se précipiter sur Rome. Le congrès de la paix, qui devait être une préface retentissante à la prise d’armes que la révolution préparait contre le saint-siège, avait tourné à la confusion de son chef. Garibaldi traversa les Alpes, aigri de sa mésaventure ; il allait se jeter à travers la politique italienne, lui susciter de graves embarras, et ne lui laisser d’autre alternative que la révolution ou une intervention de la France. Il s’imaginait qu’il pouvait sans le roi aller à Rome et qu’il lui suffirait de faire briller l’éclair de son épée pour être suivi de l’Italie entière. M. Rattazzi trouvait inopportune une entreprise à main armée contre le territoire pontifical ; il prévoyait qu’elle lui vaudrait de grands ennuis. Il essaya de la persuasion pour détourner le général de ses projets ; il s’adressa à ses amis, il eut recours à M. Crispi, qui revint hâtivement de Paris pour le calmer et le ramener à une appréciation plus saine de la situation. Rien n’y fit. Garibaldi se refusait à compter avec les idées des autres. Le marquis d’Azeglio le définissait un cœur d’or avec une tête de buffle, et Cavour l’appelait questo pazzo.

Après avoir eu le sens de l’à-propos et le discernement des