Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/294

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Un commerce de dix années avec la littérature russe m’a suggéré quelques réflexions sur ses caractères particuliers, sur la part qu’il convient de lui assigner dans l’effort actuel de l’esprit humain. En Russie, le roman se charge seul de poser tous les problèmes de la vie nationale ; on ne s’étonnera pas que je prenne texte de ses fictions pour toucher à de graves sujets, pour lier quelques idées générales. Nous avons vu les Russes plaider la cause du réalisme avec des argumens nouveaux, avec des argumens meilleurs, à mon sens, que ceux de leurs émules d’Occident. C’est un grand procès ; il fait à cette heure le fond de tous les différends littéraires dans le monde civilisé, et, sous couleur de littérature, il révèle les conceptions les plus essentielles de nos contemporains. En introduisant les écrivains du Nord comme partie principale dans ce procès, je voudrais résumer le débat en toute liberté et sincérité.