Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/334

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résultats pratiques : « Des armées conquérantes, écrivait-il à Gustave III, ne sauraient posséder en France que le terrain qu’elles occuperaient. » La cour de Madrid concluait à la neutralité.

Celle de Naples écrivit de belles dépêches, promit des vaisseaux, proscrivit les gazettes françaises et fit brûleries écrits de Filangieri. Elle n’était point de taille à entreprendre davantage. La Sardaigne annonça qu’elle donnerait volontiers toutes ses troupes ; mais comme elle se jugeait elle-même menacée, elle commença par demander du secours afin de rétablir la tranquillité sur son territoire. Quant à la tsarine, elle adressa à l’empereur des encouragemens pleins de feu et des adjurations remplies d’éloquence ; elle invita ses agens diplomatiques à exciter le zèle de toute l’Europe pour une cause qui était celle de tous les rois ; mais elle ne promit point ses soldats : elle en avait besoin pour ses propres opérations. Comme un émigré français lui demandait de prêter au moins ses vaisseaux pour porter les troupes du roi de Suède, elle répondit froidement : « Mes vaisseaux désarment. D’ailleurs, comment les Anglais regarderaient-ils cette expédition ? Ils sont de mauvaise foi. Ce projet-là est impossible. »

L’Autriche se voyait ainsi rejetée sur la seule Prusse, et la ligue européenne se réduisait à une alliance entre Vienne et Berlin. Mais, à Berlin même, les vues étaient loin d’être claires, directes et simples. Il restait dans les esprits bien des arrière-pensées. Avant de s’engager sur le chemin de la terre-sainte, la croisade avait à débrouiller un terrible réseau d’intérêts enchevêtrés. Frédéric-Guillaume était glorieux, colère, chevaleresque, « sensible, » et très orgueilleux de sa royauté. L’arrestation de Louis XVI l’affecta dans tous ces sentimens : « Dans son intérieur, il était pensif et il s’est écrié plusieurs fois : — Quel terrible exemple ! » rapporte le ministre de France, M. de Moustier. Il manifesta d’abord beaucoup de zèle et dit très haut qu’il appuierait toutes les démarches de l’empereur. L’amour-propre, toujours agité chez lui, trouvait son compte à cette générosité : la Prusse, qui n’éprouvait depuis trois ans que des échecs et des déconvenues, se relèverait devant le monde par cette noble et brillante entreprise. Mais, s’il s’emportait dans ses discours, le roi demeurait mesuré dans ses actes. Ses ministres le retenaient, d’ailleurs. La Prusse était calme : ils n’y redoutaient pas la propagande française. Il leur semblait que le meilleur moyen de s’en préserver était de ne point mécontenter le peuple en le frappant de nouveaux impôts. Avant de se jeter dans une guerre, surtout dans une guerre de principes, ils éprouvaient le besoin de savoir qui en supporterait les frais, et il ne leur paraissait pas expédient que ce fût le trésor prussien.

Ils se trouvaient dans ces dispositions lorsque le ministre