Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/478

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les meetings ; mais si, comme il le dit dans un langage touchant, l’âge s’appesantit sur lui et l’oblige à garder ce qui lui reste de voix pour remplir sa tâche devant la chambre, il n’est pas demeuré inactif et silencieux. Il a adressé à ses électeurs du Midlothian un énergique et éloquent manifeste où, une fois de plus, il reprend la grande controverse, exposant et discutant ses projets, réfutant ses adversaires, essayant de gagner l’opinion à une politique de réparation et de justice pour l’Irlande. M. Gladstone ne se fait pas illusion sur la puissance de la coalition qu’il a aujourd’hui à vaincre. Il en parle avec chagrin, dit-il, et aussi avec une hauteur menaçante. Il sait qu’il a contre lui a le rang, les titres, la richesse, l’influence sociale, le monde parlementaire, l’esprit de classe. » Il reste convaincu qu’il a pour lui le sentiment de la nation et, comme on lui a reproché justement de proposer la plus grande des révolutions sans avoir consulté l’Angleterre, il laisse clairement entrevoir qu’il en appellerait au besoin à la nation tout entière par une dissolution du parlement. A quel moment et dans quelles conditions se ferait cette dissolution ? Les circonstances en décideront. En attendant, la campagne continue, et à peine le parlement a-t-il été de nouveau réuni, M. Gladstone a engagé la bataille pour la seconde lecture de son bill. Il s’est borné, du reste, pour le moment, à demander un vote sommaire sanctionnant le principe de l’autonomie pour l’Irlande. Le grand argument, la grande force de M. Gladstone, est toujours de mettre ses adversaires au défi d’opposer un projet à ses projets, de présenter un programme de pacification pour l’Irlande, et c’est justement pour répondre à ce défi aussi bien qu’à la demande d’un vote sommaire que lord Hartington s’est levé l’autre jour dans la chambre des communes. Lord Hartington, qui est maintenant le chef de l’opposition, ne refuse pas d’écouter les plaintes de l’Irlande, de faire droit à ses griefs, de lui accorder les plus larges franchises locales, tout ce qui est compatible avec l’unité de l’empire. Il refuse résolument de se prêter à l’institution d’un parlement irlandais, à un système qui n’aurait d’autre effet que de livrer l’Irlande, les intérêts de l’Angleterre, les sujets loyaux de la reine au gouvernement de la land-league. De sorte que les deux politiques sont en présence. M. Gladstone demande tout au moins le vote du principe de ses projets, lord Hartington demande l’ajournement à six mois.

La lutte se trouve ainsi engagée ; elle est, il faut l’avouer, singulièrement compliquée. M. Gladstone n’a pas seulement à faire triompher par son éloquence une idée dont la réalisation peut être la plus grande, la plus dangereuse des témérités pour l’Angleterre ; il a de plus à déployer toutes les ressources de sa tactique pour retenir les dissidens, pour rallier une majorité qui devient de plus en plus incertaine. Cette question de majorité, elle est peut-être tout entière