Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/76

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avait ébranlé toute la France et presque l’Europe. Eh bien ! tout est calme et presque endormi… Le roi a mieux pris son parti de l’élection de Grégoire que de celle de M. de La Fayette… On est tellement habitué à l’agitation qu’on ne la sent presque plus.

« Ces gens qui n’ont rien dit sous Bonaparte, qui ont à peine élevé la voix en 1815, se déchaînent aujourd’hui contre un pouvoir sans force. Ils ne veulent renoncer ni au mérite du courage, ni à la sécurité de la poltronnerie, ils ressemblent à cet homme qui se vantait d’avoir coupé le bras à un géant qui déjà n’avait plus de tête.

« Benjamin Constant promène dans Paris un certain Goguet. journaliste de la Sarthe, qui le traite sans façon. Ce Goguet disait devant lui à M. Decazes : « Si j’avais été éligible, je me serais fait élire à la place de M. Constant. »

« 25 septembre. — M. Ramond, qui est venu me voir ce matin, se lamentait sur la dissolution du pays, a La nation se plaint, disait-il, des chambres et du ministère ; tout cela, c’est elle-même ; c’est une laide qui se plaint de son miroir. »

« 30 septembre. — Mme de Sainte-Aulaire me disait ce matin que M. Decazes était fort triste, triste surtout du silence de ses amis… Quand on se rappelle son immense popularité de l’année dernière, ces mêmes journaux qui s’attachaient à lui comme à leur sauveur, la Bourse qui dégringolait de peur de sa chute, on ne peut se défendre de réfléchir sur la rapidité de ce changement, sur le peu de délicatesse de tous ceux qui l’accablent aujourd’hui pour les mêmes fautes qu’ils connaissaient si bien lorsqu’ils étaient presque à ses pieds.

« Ce qui manque, en France, ce n’est pas la moralité, c’est la vie, la sève intérieure. On croirait que toute la nation est comme ces maisons de préfecture dans les petites villes, où il n’existe que la façade. S’il n’y avait plus personne pour regarder les Français, ils n’existeraient plus, tant ils ne vivent que pour les autres.

« Le congrès de Carlsbad vient d’établir une censure générale de la presse en Allemagne. On est effrayé de cette mesure ici, car on sait que tous les regards de l’Europe se tournent vers nous et contre nous. »

« 1er octobre. — M. de Montlosier, qui revient d’Allemagne, raconte que tous ces étudians des universités sont des jeunes gens réguliers, ne jouant pas, ne jurant pas, ne se battant plus, poussant la rudesse pour eux-mêmes jusqu’au point de ne pas porter de chemise, comme un usage trop efféminé. C’est une chose très extraordinaire que cette nation enthousiaste sans être passionnée,