Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 75.djvu/81

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plus égal. Si j’étais son ami, à la bonne heure ! mais quand il en devrait mourir de chagrin, peu m’importe. »

« A diner, nous avons en Lanjuinais, et c’est une autre comédie. C’est un homme courageux comme un lion, ferme comme un roc, mais la tête la plus confuse qui fut jamais. De façon que ce sont des déclamations sur les jésuites et sur les missionnaires, des anciens discours prononcés par lui à la Convention, des citations de l’évangile, une incohérence d’idées inconcevable, un sautillement continuel. Il commence une attaque contre l’imprimerie impériale, puis il s’embarque dans une bible polyglotte, dans le sanscrit, dans l’Orient, etc. Nous l’avons pris à part pour lui parler de Grégoire ; mais alors il a déclamé contre les perfidies de Pitt et Cobourg, contre les émigrés, mêlant tout cela d’humilité chrétienne, disant que Grégoire a eu tort, mais que donner sa démission serait une lâcheté, sautillant d’un bout de la chambre à l’autre, parlant tout bas et puis tout haut, nous embrassant à bras-le-corps. Enfin, après l’avoir laissé parler pendant deux heures, citer du latin à faux, etc., Auguste est parvenu à le tenter par l’idée que Grégoire pouvait faire une belle lettre en donnant sa démission. »

« Dimanche matin. — Le gouvernement vient de dissoudre la Société de la presse, qui était tombée entre des mains tout à fait canailles. Lundi matin, j’ai vu Benjamin Constant, qui m’a dit qu’il en était charmé. Aujourd’hui, il imprime une protestation dans la Renommée… Il tâche de mettre Victor dans l’embarras en disant qu’il ne s’est jamais retiré de cette société ; bien sûr qu’au moment où cette société est dissoute, il n’ira pas la désavouer. Les articles de Benjamin Constant ont été tellement directs, il a tellement interpellé Victor, que Victor s’est cru obligé de répondre. Il l’a fait dans une lettre très courte, mais qui tranche la question. Les libéraux sont furieux. « M. de Saint-Albin est venu hier le voir et lui dire qu’il était bien surpris qu’il demandât la démission de Grégoire. Il a répondu : « J’ai accepté le nom de jacobin tant qu’il ne s’appliquait qu’à M. de La Fayette et à M. d’Argenson. Mais si Grégoire en est, je n’en veux plus. J’irai lui demander sa démission et je désire qu’on le sache. »

« Grégoire a déclaré formellement qu’il ne donnerait pas sa démission.

« Victor a diné mardi avec M. Decazes chez M. Guizot ; il l’a trouvé tout à fait décidé à suivre une marche nette et ferme, comprenant la position avec justesse, et voulant y remédier avec énergie. Leur intention positive est de proposer une loi sur les élections qui donne aux deux chambres le nom de Parlement, fixe le retour des élections à sept ans, double le nombre des députés, met l’âge à