Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 76.djvu/475

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de M. Méline, qui est pourtant, lui aussi, un républicain, un des rares républicains qui s’occupent d’affaires sérieuses. D’une multitude de propositions intéressant le pays, il n’en est pas une qui ait pu être votée. Tout reste en suspens, et c’est ainsi qu’on va se présenter aux élections des conseils généraux avec ce cortège des expulsions des princes, des déficits financiers, des guerres religieuses continuées, des intérêts négligés, des débats stériles. C’est une manière comme une autre de rallier l’opinion ! Le pays, qui a encore une fois un vote à donner, sait au moins ce que valent ses griefs et ses vœux aux yeux de ceux qui ont la prétention de le retenir sous leur domination.

Le malheur des républicains est qu’ils trouvent plus facile de mettre leurs passions partout que de s’occuper sérieusement de choses sérieuses et qu’avec leurs entraînemens de parti, ils finissent par n’avoir plus même le sens des vérités les plus évidentes, de l’équité, des plus simples garanties légales. On se souvient qu’un jour un grand Anglais, après avoir épuisé tous les argumens contre une mesure défendue devant le parlement par un ministère, finissait par s’écrier comme s’il ne pouvait trouver une raison plus décisive : « Enfin, milords, c’est contre la loi ! » Les républicains français en sont venus à ne plus savoir ce que c’est que la loi dès que leurs intérêts de parti sont en jeu ; ils ont le goût des procédés sommaires, de la politique de raison d’état. Ils se perdent dans l’arbitraire, et rien certes ne le prouve mieux que cette série de mesures incohérentes auxquelles ils se sont laissé entraîner à la suite de la malheureuse affaire des princes. Le gouvernement, on le sait, a proposé une loi nouvelle sur les placards dits séditieux, dont l’unique objet était d’empêcher l’affichage de la protestation de M. le comte de Paris dans toutes les communes de France. S’il a présenté son projet, c’est qu’il ne se croyait pas suffisamment armé, et, effectivement, la liberté de l’affichage, inscrite dans la dernière loi de la presse, a été reconnue par des arrêts de la cour de cassation et du conseil d’état. Qu’est-il arrivé, cependant ? M. le ministre de l’intérieur et M. le garde des sceaux sont allés devant la commission développer, avec une sorte de naïveté, les théories du plus pur arbitraire. Après tout, ils se passent fort bien de la loi, ils ne l’ont pas attendue pour donner partout l’ordre de procéder à la suppression des affiches par mesure de police, par raison d’état, et s’il prend à quelqu’un fantaisie de résister, de s’armer de la légalité, on en sera quitte pour élever le conflit administratif. Ainsi le système est complet : c’est le bon plaisir organisé ! Les ministres ont dans leur portefeuille, comme dans l’ancienne charte, un petit article 14 qui dispense, pour cause d’ordre public, de respecter les lois. Avec cela on peut aller loin ; ceux qui ont fait des coups d’état n’ont jamais invoqué d’autres raisons !