Page:Revue des Deux Mondes - 1886 - tome 78.djvu/891

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(home rule for Ireland), président de la ligue agraire (Land League), que Michael Davitt venait de lui apporter tout organisée, M. Parnell était, en 1880, en plein essor de popularité. Trois collèges électoraux venaient de le nommer membre du parlement.

Le grand défaut de la politique de M. Gladstone, qu’il s’agisse des affaires extérieures ou des intérêts domestiques de la Grande-Bretagne, est qu’elle est toujours beaucoup plus sensational, pour parler comme nos voisins, que substantielle. Elle procède par coups d’éclat, et cependant elle manque de force et surtout de fixité, de résolution. En 1881, le futur avocat du home rule commença par exaspérer ses amis irlandais en faisant voter par le parlement une loi de coercition destinée à réprimer les crimes agraires. Le chef du parti libéral se faisait octroyer le droit d’ordonner l’arrestation et l’emprisonnement des citoyens, de l’autre côté du canal Saint-George, par simple mesure administrative. Deux mois après, il s’efforçait de les calmer par le vote de la loi foncière (land bill) qui régit encore en ce moment l’Irlande, et en vertu de laquelle les fermiers recevaient le droit de demander aux tribunaux la fixation des redevances que, jusque-là, les landlords pouvaient élever à leur gré. Cette mesure, absolument contraire à tous les principes économiques, eut cependant pour résultat de soulager bien des souffrances en Irlande en réduisant de près d’un cinquième ou d’un quart le taux moyen des fermages. Mais on affirme, d’autre part, qu’elle a singulièrement entravé le mouvement d’amélioration qui se produisait naguère dans le mode de culture des terres et d’exploitation des fermes. Trop de tenanciers irlandais furent frappés de cette idée que, moins leurs fermes se présenteraient sous un aspect prospère, plus serait forte la diminution de rente que leur accorderait le tribunal.

On aurait pu croire que la loi foncière de 1881 calmerait pour un temps l’Irlande. Mais le gouvernement anglais s’avisa bientôt de jeter en prison, en vertu du coercion-bill, MM. Michael Davitt, Dillon, Parnell lui-même. Il en résulta le renouvellement de l’agitation contre le paiement des fermages, des hésitations croissantes dans l’esprit de M. Gladstone et une première capitulation du ministre britannique devant l’agitation irlandaise par le célèbre pacte de Kilmainham. Tous les détenus furent remis en liberté. L’Irlande témoigna aussitôt sa reconnaissance par le double assassinat de Phœnix-Park (dont il eût été réellement injuste de rendre toute la nation responsable), ce qui n’empêcha pas M. Gladstone de venir en aide aux petits fermiers, embarrassés par l’accumulation de leurs dettes, en leur offrant les avantages d’une loi nouvelle sur le paiement des rentes arriérées (Arrears bill). La loi portait que le landlord donnerait quittance complète pour tout ce était dû, moyennant