Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 83.djvu/112

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le droit de réunion, ne satisfirent les légitimes aspirations des classes laborieuses. Cependant, comme la destruction des corporations laissait le travail sans règle, le besoin d’une organisation quelconque se faisait sentir ; puisque les sociétés de compagnonnage subsistaient parmi les ouvriers de la même profession, les patrons voulurent s’unir à leur tour, et, dès 1808, les entrepreneurs de bâtiment se groupaient, avec l’agrément du pouvoir, pour traiter des affaires de leur métier et établir de concert des tarifs ; d’autres industries adhérèrent, et, en 1848, le groupe, composé de patrons parisiens de onze professions, s’appela Chambre syndicale du bâtiment ou de la Sainte-Chapelle. C’est ainsi qu’en France les mots nouveaux servent de passeport aux choses anciennes. Le gouvernement prêtait les mains à cet escamotage de la loi de 1791 : de toutes parts se fondèrent des chambres syndicales de patrons d’abord, ensuite d’ouvriers, si bien qu’en 1883 on n’en comptait guère moins de 425 vivant sous le régime de la tolérance.

Divisées en trois groupes principaux, les chambres patronales de Paris ont rendu de précieux services : on les voit avec plaisir concilier les différends entre industriels ou commerçans, convenir de certaines règles propres à assurer la bonne exécution des produits et leur réputation au dehors, faire valoir leurs droits contre les contrefacteurs étrangers, combattre les exigences du fisc, organiser des cours professionnels du soir, des sociétés de patronage pour les apprentis, des sociétés de secours mutuels. Les groupes de la Sainte-Chapelle et de l’Union nationale ont un local pour leurs séances, un contentieux bien monté, un bureau de renseignemens qui les édifie sur la solvabilité des acheteurs français et étrangers ; en outre, l’Union nationale possède un laboratoire où ses membres peuvent réclamer des analyses à prix réduits, des bureaux pour tout ce qui concerne la protection de la propriété individuelle ; elle a entrepris une enquête sur les débouchés qu’offrent aux articles français les autres pays, discute les projets de loi qui touchent l’industrie et le commerce ; sur la demande du ministère, elle a organisé des envois à l’exposition de Melbourne. Par la force des choses, la nécessité de l’ordre, les chambres syndicales, écrivait un grand industriel, M. Gauthier, sont appelées à devenir les organisatrices du travail. Il n’est pas possible d’aller plus longtemps sans principe et sans discipline, en présence du développement des marchés étrangers. Un autre, M. Mazaroz, apôtre fervent des syndicats et bien connu pour ses opinions démocratiques, voudrait que les élus des corporations, groupant d’après leur profession, tous les électeurs formassent seuls les assemblées délibérantes de l’avenir ; quant aux gens riches et instruits, il leur assigne les diverses fonctions publiques qu’ils rempliraient à titre presque honorifique.