Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 83.djvu/125

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quintessence sociale, ni des assembleurs de nuages ; ils n’ignorent pas qu’en agriculture comme en industrie le temps vaut de l’argent, mais ils ont compris la nécessité de ne rien brusquer, de courir au plus pressé, en commençant par le commencement, en procédant du simple au composé, du facile au difficile. C’est pourquoi ils ont pris pour premier champ d’action l’achat des engrais chimiques ; c’est là une des industries les plus sujettes à la fraude, et les cahiers d’analyses des stations agronomiques ne permettent pas le moindre doute sur l’insuffisance de la loi de 1867, que vient de compléter et réformer une loi récemment volée au sénat. Phosphates garantis, contenant 80 pour 100 de sable et d’argile ; un prétendu noir animal qui n’est qu’un mélange de tourbe pure ou de poudre de schiste ; phospho-guano mirifique vendu 18 francs les 100 kilogrammes et valant 2 fr. 50 au maximum ; pavillons trompeurs abritant des marchandises plus trompeuses : on n’en finirait pas d’énumérer les gentillesses de certains fabricans plus dignes du titre de chevaliers d’industrie que de celui d’industriels. Même danger pour les semences : substitution de variétés nuisibles ou de qualités secondaires aux variétés de première qualité ; addition de véritables graines artificielles fabriquées avec du sable et du quartz coloré au moyen de sels de chrome et de cobalt. L’agriculteur ne pense guère à faire analyser, et le marchand l’en empêche souvent en stipulant que la prise d’échantillon aura lieu à la gare de départ. En face d’un syndicat, la scène change complètement : celui-ci traite de puissance à puissance avec le fabricant, le contraint à accepter des conditions de vente, de livraison qui permettent le contrôle, opère l’analyse, exerce au besoin des poursuites.

La question des engrais a donc une importance capitale pour nos cultivateurs, obligés de produire sur une terre épuisée, vieille de deux mille ans, de subir la concurrence des terres vierges de l’Inde et de l’Amérique. Choisir des maisons irréprochables, supprimer des intermédiaires parasites, augmenter les rendemens pour une même somme de frais généraux, apprendre aux agriculteurs à employer les engrais, voilà, d’après M. Sénart, le premier résultat conquis. Le syndicat de Loir-et-Cher, qui a escompté la loi de 1884, achetait, en 1883, 80,000 kilogrammes d’engrais, 300,000 en 1884, 863,000 en 1885 ; pour les matières premières fertilisantes, azote, potasse, phosphore, il a obtenu un rabais de 20 pour 100 ; pour les engrais fabriqués, le rabais dépasse d’ordinaire 10 francs par 100 kilogrammes, même en comparant les prix du syndicat avec ceux des maisons les plus réputées. On évalue l’ensemble du bénéfice réalisé à 75,000 francs, et les charges correspondantes ne s’élèvent qu’à 1,713 francs. Maintenant, il va porter