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Meaux, ou bien encore décider que le bureau du comice sera en partie le bureau de syndicat. Il faut à tout prix empêcher le conflit des attributions, l’antagonisme de direction, le choc des jalousies et des ambitions humaines, toutes choses dont l’agriculture ferait les frais. La politique des concordats est la meilleure pour les sociétés comme pour les individus et les puissances laïques ou religieuses.

On propose, on vote des lois nouvelles, afin d’améliorer le sort de l’ouvrier industriel ; les initiateurs du mouvement syndical réclament très justement des institutions de prévoyance en faveur de l’ouvrier agricole, trop souvent réduit à la misère, à la mendicité sur ses vieux jours. Les machines à battre se multiplient dans les campagnes, où elles font des mutilés comme dans l’industrie. Que devient l’ouvrier infirme, abandonné à la charité publique ? Pourquoi n’aurait-il pas droit, lui aussi, à une retraite ? Pourquoi ne pas l’encourager à se l’assurer au moyen d’un faible prélèvement sur son salaire ? On a calculé qu’il faut un versement de 1 franc par semaine, de vingt à cinquante-cinq ans, pour donner une rente viagère de 600 francs. Un franc d’économie par semaine, c’est beaucoup peut-être, mais le patron agricole n’hésiterait pas à venir en aide à un bon ouvrier pour le garder aux champs. Travail et économie s’animent réciproquement ; toutefois, le travail n’a pas toujours à sa suite l’économie, mais presque toujours l’économie le travail. Afin de lancer l’œuvre, d’en faire apprécier immédiatement les avantages en la popularisant, de diminuer la part contributive de l’ouvrier, la Société d’agriculture de la Nièvre émettait le vœu qu’une caisse de retraite fût créée en faveur des ouvriers agricoles qui ne quitteraient pas leur département, avec une dotation tirée du produit des nouveaux droits de douane et, dès à présent, consacrée à accorder des retraites aux hommes ou femmes pauvres, âgés de soixante ans, incapables de travail. Une telle institution ne pourrait que ramener le travailleur vers la terre, lui donner le goût de l’épargne et le détourner du cabaret ; en accroissant les produits du sol, elle faciliterait le bas prix des denrées par leur abondance, augmenterait le bien-être à l’intérieur et le courant de l’exportation. Il faut, disait la marquise de Lambert, traiter ses serviteurs comme des amis malheureux. L’ouvrier agricole, ce nourricier de la France, ce serviteur de la patrie, du propriétaire, ne doit-il pas obtenir cette égalité de traitement que réclame l’agriculture ? On ne peut, sans ingratitude, l’oublier plus longtemps ; en faisant, son devoir envers lui, l’état se rendra service à lui-même.