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ligne dans notre plan de conduite : nous voulons mettre un terme à l’arrivée des Chinois sur nos côtes et cela pour toujours ; nous appliquerons les restrictions prévues par le bill, qui tendent et aboutissent à une prohibition de fait. » Et, pour mieux prouver que ces paroles ne lui étaient point échappées dans un moment de passion, il les reproduisit en tête d’une brochure qu’il fit circuler dans la colonie. Le 9 août, à la chambre des communes, sir G. Campbell demandait au secrétaire d’état aux colonies s’il avait connaissance du discours et de la brochure de sir Henry Parkes ; sir J. Gorst se contenta de répondre qu’il n’avait aucune raison de douter de l’authenticité du document.

Le 9 juin, lord Derby avait dit à la chambre des paire : « Nous sommes à la merci des colons ; il faudra qu’ils en arrivent à leurs fins. S’il est une opinion universellement adoptée en Australie, c’est celle-ci, que l’Australie appartient aux Australiens et que ce n’est point à nous à régler l’admission des Chinois dans les colonies… Il est puéril de croire qu’en une matière où leurs sentimens et leurs intérêts sont si fortement engagés, ils sacrifieront leurs propres désirs à des considérations de politique impériale. » L’opinion est générale en Angleterre : les Australiens sont maîtres chez eux ; à eux de régler comme ils l’entendent leurs affaires intérieures. — Le malheur est qu’en l’espèce ils ont empiété sur le domaine de la politique impériale ; qu’ils ont foulé aux pieds des traités conclus par la métropole avec une puissance amie. Ils ont même lésé des intérêts britanniques : les échanges entre la Chine et l’Angleterre se chiffrent par centaines de millions chaque année ; politiquement et commercialement, l’Angleterre est tenue à entretenir les meilleures relations avec la Chine ; en Australie même, où l’on commençait à exporter des laines en Chine, il ne manque pas de colons que cette politique étroite inquiète et indispose ; il est des points importans de l’empire britannique où le danger que la conduite des Australiens peut susciter a été très vivement senti ; Hong-Kong en est un des plus riches et des plus influens.

C’est de Hong-Kong que partaient tous les navires chargés d’immigrans à destination d’Australie ; la chambre de commerce de Hong-Kong adresse une énergique protestation au gouvernement de sa majesté : « Les armateurs, se fiant à la bonne foi des gouvernemens australiens, s’étant mis en règle avec les règlemens existant au moment où leurs engagemens furent pris, se sont vus, sans avertissement préalable, soumis à des limitations auxquelles ils n’étaient nullement préparés à se conformer. » L’ « action injustifiable » des Australiens menace de troubler les relations entre la Chine et l’Angleterre ; elle constitue « une atteinte formelle au droit des gens et aux usages internationaux, une violation des droits