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celui où les produits de la race jaune « encombreront les étagères de nos grands magasins. »

La Chine se met à construire des railways : plusieurs lignes sont en exploitation dans le Nord ; deux lignes viennent d’être ouvertes à Formose et de Tien-tsin à Tykoo. On peut croire que les railways se développeront aussi vite que les télégraphes. En 1880, il n’y avait pas 1 mètre de fil sur toute la surface de l’empire : aujourd’hui Pékin est relié à Shang-Haï, à Tien-tsin, à Canton, à Vladivostock, et à toutes les capitales de provinces ; Pékin est même relié à l’Europe par fil terrestre grâce à la jonction établie à Hong-Tcheng sur la frontière russo-chinoise près de Possiet. — La presse indigène progresse constamment ; elle s’étudie à instruire, à diriger l’opinion, à entretenir le sentiment national. Des encyclopédies, des dictionnaires traduits ou compilés des œuvres analogues de l’Occident, et renfermant une foule de détails techniques, sont publiés et vendus par milliers à des prix infimes.

La Chine se réveille. Ses rapports avec les puissances étrangères en subissent, l’influence. La Chine a senti sa force ; elle s’est rendu compte qu’elle était une grande puissance, elle aussi ; elle s’apprête à jouer ce rôle. Sa diplomatie change d’allures ; elle quitte son attitude résignée, indifférente. Elle s’intéresse aux affaires du monde ; elle connaît l’Europe, ses dessous, les intérêts divergens des différentes nations ; elle profite de leurs rivalités. Elle veut être traitée sur le pied d’égalité : elle réclame contre les mauvais traitemens infligés à ses sujets, contre les mesures d’exception dirigées contre eux. Elle veut obtenir le droit d’avoir des consuls à l’étranger pour prendre en main leurs intérêts [1]. Les diplomates qu’elle enverra au dehors seront recrutés parmi les jeunes mandarins que le Tsung-li-Yamên reconnaît la nécessité d’initier aux « sciences occidentales. » Le Tsung-li-Yamên en fait la franche déclaration dans le document cité ; il ne veut plus de purs lettrés, « de bavards creux » pour représenter la Chine au dehors. — La Chine est décidée à se faire respecter : sa diplomatie y veillera, appuyée par une année solide et une marine puissante.

Aujourd’hui, l’escadre chinoise du Nord, qui faisait l’été dernier d’importantes manœuvres dans le voisinage de Port-Arthur, est déclarée, par les officiers de marine anglais eux-mêmes, égale au moins, sinon supérieure, — pour le matériel et l’armement, — à la flotte britannique dans les mers de Chine. Cette escadre

  1. Ce droit lui a été accordé en principe dans le dernier traité de commerce avec la France. Elle a simplement consenti à en ajourner l’exercice. Elle a déjà des consuls à San-Francisco, à Philadelphie, à New-York, à la Havane, à Singapour, au Japon, au Pérou.