Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/953

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bonnes volontés, pour participer à la direction des affaires de la France. Au fond, toute leur politique est d’empêcher, s’ils le peuvent, qu’on ne substitue une politique de conciliation et d’apaisement à la politique exclusive et irritante qui a préparé la crise à laquelle on vient à peine d’échapper. Ce qu’ils redoutent surtout, c’est qu’on ne touche aux lois dont ils ont la prétention de faire la charte républicaine ; — la loi militaire, les lois de laïcisation scolaire. Ils choisissent bien leur moment !

Oui, certes, ils choisissent l’heure où se dévoilent justement de toute façon les dangers de ces lois, qui ne sont qu’une œuvre de secte. Il n’y a que quelques jours, M. Bardoux, avec le zèle d’un esprit libéral, a cru devoir provoquer les explications de M. le ministre de la guerre au sujet de l’application de la loi militaire. Il se trouve, en effet, que ce qu’on avait prévu arrive, que, dès le premier pas, une des conséquences de la loi est de compromettre plus ou moins le recrutement et peut-être l’existence de l’École normale. Tout ce qu’on peut faire de mieux, à ce qu’il parait, est d’adoucir un peu la rigueur de la loi, de choisir le moment où les élèves devront faire leur année obligatoire de service. Ils iront au régiment avant leur entrée à l’école ou à leur sortie. Les études ne seront pas moins forcément compromises. Et ce qui est vrai pour les élèves de l’École normale l’est aussi pour bien des jeunes gens, voués à d’autres études, pour les séminaristes eux-mêmes. On est réduit à chercher des palliatifs ; ne serait-il pas plus simple de proposer hardiment, courageusement, une révision partielle de la loi dans l’intérêt de la haute culture intellectuelle et morale de la France ?

Sait-on, d’un autre côté, quels sont les effets des dernières lois scolaires ? Plus de cinq cents rapports sont arrivés au ministère de l’instruction publique ; ils viennent de Paris ou de la province. La plupart révèlent en traits parfois saisissans qu’avec l’enseignement religieux a disparu tout enseignement moral, que presque partout l’éducation morale est en déclin quand elle n’est pas absente dans les écoles. Ils sont réellement intéressans, instructifs et souvent navrans dans leur sincérité, tous ces rapports qui ont été écrits évidemment sans aucun parti-pris, qui exposent tout simplement ce qui se passe dans la Charente, dans le Limousin, dans la Somme comme à Paris. Les expressions varient, le fond est le même. On en revient toujours à ceci : « l’enseignement de la morale n’existe pas dans nos écoles ; » ou bien : « l’enseignement de la morale n’est ni compris ni donné dans nos écoles… » A Paris, les inspecteurs avouent que « les enfans perdent la notion du respect et du devoir, faute d’instruction morale, » qu’ils arrivent à un tel degré de mauvaise éducation que tout le monde s’en plaint, que « les patrons ne veulent plus prendre d’apprentis à cause des désagrémens qu’ils ont à subir des enfans dont ils ont la responsabilité… » Tel est l’universel témoignage. M. le vice-recteur de