Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/240

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Prague, et cette session nouvelle n’a fait naturellement que mettre à nu le ressentiment des partis, une situation devenue presque violente. Les Allemands, représentés par M. Schmeykal, ont engagé aussitôt la lutte, réclamant la discussion immédiate et la sanction du compromis, accusant les vieux Tchèques de manquer à leurs engagemens, menaçant de se retirer, de ne prendre aucune part à la prochaine exposition de Prague. Ils ont rencontré une invincible résistance, leurs motions ont été repoussées. Les jeunes Tchèques, M. Gregr en tête, appuyés par l’opinion populaire, se sentent maîtres de la situation, et les vieux Tchèques eux-mêmes, découragés, émus par l’opposition du pays, sont peut-être tout près de renoncer à l’œuvre de conciliation qu’ils avaient cru pouvoir tenter.

En réalité, le compromis est fort menacé. La question est d’autant plus grave que l’échec du compromis, c’est l’échec du comte Taaffe et que ce qui se passe à Prague peut modifier singulièrement toutes les conditions parlementaires dans le Reichsrath, à Vienne. Le chef du cabinet viennois est exposé à n’avoir plus de majorité. Depuis dix ans déjà le comte Taaffe vit d’expédiens, de compromis, de temporisations. Il a réussi jusqu’à présent ; le système semble épuisé. On ne peut se dissimuler seulement qu’un changement de ministère à Vienne ne serait pas aujourd’hui sans importance pour toute la politique de l’Autriche.

Quant à l’Italie, elle est peut-être assez peu occupée de la triple alliance, ou, si elle y songe, c’est avec quelque distraction, non sans des doutes croissans sur les avantages de ses grandes relations. Elle est, pour le moment, tout entière à ses élections désormais prochaines pour le renouvellement d’une chambre qui n’avait plus d’ailleurs, dans tous les cas, que quelques mois à vivre. La question même de la date de ce scrutin paraît avoir été l’objet de discussions assez vives dans le conseil, entre le chef du cabinet, M. Crispi, et le ministre de la justice, M. Zanardelli ; elle a été tranchée par le décret qui fixe décidément au 23 novembre cette consultation du pays. À dire vrai, avant que la date fût fixée, la période électorale était déjà commencée ; elle a été ouverte réellement l’autre jour, à Florence, par le discours habilement calculé, retentissant, de M. Crispi, et par le discours véhément qu’un des chefs radicaux, M. Cavallotti, a opposé dès le lendemain au président du conseil. Les deux politiques se sont rencontrées à Florence dans un premier combat ; elles vont se rencontrer partout, du nord au midi, de Milan à Palerme, pendant quelques semaines. De toute façon, c’est une assez sérieuse affaire pour l’Italie, pour le ministère lui-même, d’autant plus que cette lutte s’engage dans des circonstances peut-être particulièrement ingrates, et au point de vue extérieur, et au point de vue intérieur.

Lorsque M. Crispi parlait récemment à Florence d’un ton si assuré