Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/566

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compagnon, n’avait pu le rejoindre. Il était allé passer la journée du 15 août à la campagne, par permission du feld-maréchal Natzmer, chef du régiment des gendarmes. Il fut arrêté le lendemain matin.

La reine et Wilhelmine passèrent des journées terribles en attendant le retour. Inquiètes sur le sort du prince, le souvenir de leurs intrigues devait les faire trembler pour elles-mêmes. La scène de l’arrivée fut épouvantable : « Nous accourûmes tous pour lui baiser la main, écrit Wilhelmine, mais à peine m’eut-il envisagée que la colère et la rage s’emparèrent de son cœur. Il devint tout noir ; ses yeux étincelaient de fureur, et l’écume lui sortait de la bouche : Infâme canaille, me dit-il, oses-tu te montrer encore devant moi ? Va tenir compagnie à ton coquin de frère. » Et il frappa si fort que la princesse tomba par terre ; il voulut la piétiner ; la reine, ses frères, ses sœurs, les dames se rangèrent autour d’elle. Il la laissa, mais, pendant que la reine se tordait les mains et courait éperdue, que les frères et sœurs dont le plus jeune avait quatre ans pleuraient à genoux, il vomissait des injures contre sa fille. Au même moment, Katte traversait la place du château, entre quatre gendarmes. Comme il levait la tête, il aperçut Wilhelmine, qu’on avait assise sur une chaise dans l’embrasure d’une fenêtre : il la salua.

En présence du roi, qui se jeta sur lui et le roua de coups, Katte, qui n’avait montré aucune émotion le jour de l’arrestation, garda son calme. Il avoua le projet formé au camp de Saxe, les conversations avec le prince et les négociations avec Guy Dickens, les entrevues avant le départ pour Anspach. Il ajoutait, pour sa défense, les conseils qu’il avait donnés au prince de renoncer au dessein ; il faisait remarquer que, comme il avait l’argent entre les mains, Son Altesse ne pouvait s’enfuir, insinuant ainsi qu’il l’aurait retenue au dernier moment. Ces aveux ne suffisaient pas à Frédéric-Guillaume, qui cherchait des preuves d’intentions plus criminelles. Il voulut faire mettre Katte à la torture, mais il renonça, sur la vive opposition qui lui fut faite, à cette barbarie. Enfin, le 20 septembre, dans un dernier interrogatoire, à la demande : — « Convient-il que, s’il avait pu, il se serait échappé ? » — Katte répondit : « Si le prince était parti, je l’aurais suivi, mais j’ai toujours cru qu’il ne partirait pas. » Il disait vrai, sans doute. Il est probable qu’il avait appris avec plaisir que la permission de voyager lui était refusée. Il crut que le prince allait revenir, et qu’il reprendrait avec lui cette vie cachée d’amitié et de confidence, qui les aiderait tous les deux à attendre l’avènement. Mais il avait avoué qu’il aurait, au besoin, suivi le prince. Le même jour, son valet déposa que, deux jours environ avant l’arrestation, sur l’ordre de