Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/569

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qu’il se soumettait en tout à la grâce et à la volonté du roi ; que Sa Majesté pouvait faire de lui ce qui lui semblerait bon ; qu’il lui demandait pardon. »

En recevant le protocole, le roi déchira l’annexe où était la demande de grâce. Il rendit la prison plus rigoureuse, comme pour se venger de l’habileté et du sang-froid de son fils. Il envoya au général gouverneur une instruction « sur la manière dont le prisonnier prince Frédéric doit être surveillé, de façon qu’il ne puisse déserter de la prison, » avertissant ledit général, dans l’intitulé même de la pièce, qu’il le faisait responsable, sur sa tête, de l’exécution de ses ordres : « Doit la porte (de la chambre) où se tient le prisonnier prince Frédéric, être bien fermée jour et nuit, et deux grands verrous y être suspendus ; les clefs, le général Lepell les aura en sa garde. Tous les matins, à huit heures, on ouvrira, et alors deux officiers entreront pour savoir si tout est bien ; un chauffeur du poste apportera à l’arrêté, dem Arrestanten, un bassin et un verre d’eau pour se nettoyer, et il enlèvera de la chambre les malpropretés ; tout cela ne devra pas durer plus d’un demi-quart d’heure ; alors les officiers sortiront et tout sera fermé solidement. A midi, on lui apportera à manger, et, tout de suite, la porte sera fermée. Le soir, à six heures, on ouvrira encore, et on lui apportera quelque chose à manger. Les plats et les assiettes sales (du dîner) seront emportés, et, tout de suite, tout fermé. Le matin, en apportant l’eau, les plats et les assiettes de la veille au soir seront emportés. Ainsi, trois fois par jour, la porte sera ouverte, et chaque fois, elle ne restera pas ouverte plus de quatre minutes, et, chaque fois, deux capitaines assisteront à l’ouverture et à la fermeture. En ce qui regarde les sentinelles, vous en mettrez autant qu’il sera nécessaire, car vous êtes pour cela responsable. Les capitaines qui feront ouvrir et fermer les portes ne devront pas, sous peine de la plus grande disgrâce, parler au prisonnier. S’il leur demande quelque chose, ce qui se passe ici et là, ce qu’il y a de nouveau dans le monde, ils ne répondront rien, et ceci est mon ordre strict, et ils doivent s’y conformer et être responsables sur leur tête. »

Les geôliers (le roi avait adjoint au général Lepell un colonel) méditèrent l’ordre du roi et trouvèrent qu’il n’avait pas tout prévu : « Le très gracieux ordre de Votre Majesté est bien arrivé, mais, comme en vertu dudit, personne ne peut demeurer plus de quatre minutes auprès du haut Arrestant, et ne peut être présent, pendant qu’il mange, nous devons demander en toute soumission : 1° s’il faut lui laisser couteau et fourchette et pour combien de temps ; 2° combien de bougies par jour doivent lui être données. » Le roi répond : « Pas de couteau, ni de fourchette. Faites couper