Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/660

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à mettre en circulation 60 millions de bons du Trésor et 15 millions de cédules hypothécaires nationales. Pour les dépenses urgentes, les commerçans lui offrirent spontanément 7 ou 8 millions contre des traites à quatre-vingt-dix jours. Tout en réduisant la création de nouveaux titres au plus strict nécessaire, ce ministre économe trouva moyen de sauver la municipalité de Buenos-Ayres d’une faillite imminente, en lui fournissant 10 millions de piastres.

Le gros point noir, c’étaient les provinces et leurs banques libres dont le capital avait été dilapidé. Il leur dépêcha des inspecteurs nationaux formellement autorisés à requérir la force publique, si on mettait entrave à l’exécution de leur mandat. On vit alors ce que vaut un homme de droiture et de poigne. Ces émissaires inspirèrent tout de suite aux gouverneurs une terreur folle. Il y avait de quoi. Leurs rapports furent accablans. Les banques de province qui avaient prévariqué, autant vaut dire toutes, furent mises sous séquestre et administrées directement par l’État. Adieu, paniers : plus moyen, non pas même de vendanger, mais de grappiller. Quand il eut compilé leurs bilans désastreux, le docteur Lopez déclara qu’il n’y avait qu’une manière loyale de sortir de cette impasse : la nation devait prendre à sa charge les emprunts des provinces. Les créanciers d’Europe, peu au courant de l’organisation fédérale de la République Argentine, ne les avaient consentis qu’avec la ferme conviction qu’elle ne laisserait pas protester la signature des états qui la forment. Le gouvernement ferait avec chaque province les conventions nécessaires et exigerait les garanties convenables pour assurer le remboursement de cette avance. C’est un gros sacrifice, mais un grand résultat : l’honneur argentin est sauf, et les gouverneurs du Panal sont perdus. Maître de leur principal instrument d’influence et de corruption, les banques, armé, pour contrôler leurs agissemens, des terribles droits d’un créancier, le pouvoir central devient l’arbitre des affaires provinciales.

Le congrès a voté cette mesure sans enthousiasme. La plupart de ses membres ont leurs raisons de penser que le régime des oligarchies de village a du bon ; mais c’est une justice à rendre à ces ex-inconditionnels qu’ils ne se sont pas montrés trop rebelles à l’influence du vent de purification qui souffle sur la capitale. Ils ont déclaré nulles les scandaleuses listes d’électeurs dressées précédemment. Ils ont mis à l’étude une loi sur l’admission des étrangers au droit de suffrage, abordé la discussion d’une loi municipale pour Buenos-Ayres, proposé de substituer au scrutin de liste, pour l’élection des députés, le vote par districts. Il est vrai que, sur ces derniers points, ils s’en sont tenus à la bonne intention ;