Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/775

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nouvelle secundogeniture de la maison de Bourbon en Italie. Encore, sur ce point le plus contesté, le plus difficile à arracher à Marie-Thérèse, d’Argenson consentait déjà, dans les derniers temps de son ministère, à réduire beaucoup (au moins en conversation) les termes qu’il avait posés d’abord. La triste conduite de l’infant en Italie, pendant la dernière campagne, et plus encore la mort de son père, qui lui enlevait l’appui de l’ambition maternelle d’Elisabeth, avait dû le préparer lui-même à abaisser ses espérances. Il n’était plus question de lui attribuer un lot aussi considérable que le grand-duché de Toscane : il ne s’agissait que de lui assurer dans la péninsule un établissement quelconque dont l’étendue et la nature restaient à déterminer. A ce prix, la nouvelle maison d’Autriche pouvait obtenir la reconnaissance unanime de la dignité impériale dans la personne de l’époux de Marie-Thérèse, et rentrait ainsi définitivement dans tous les droits et les privilèges de l’ancienne. A la vérité, elle payait ce retour de grandeur par la perte de la Silésie : le roi de Prusse restait donc seul à bénéficier de tout le sang versé et de tous les efforts dépensés par son généreux allié. D’Argenson en convenait et n’hésitait pas à s’en applaudir. Pour un ministre parlant au nom de l’héritier de Louis XIV et du vainqueur de Fontenoy, ce n’était pas, on en conviendra, prendre le ton trop haut et se montrer d’un orgueil trop intraitable.

Comment donc une paix si libéralement offerte n’était-elle pas acceptée déjà par le cri unanime de cette Europe dévastée, où populations et souverains, après sept ans de luttes stériles, ne devaient soupirer qu’après un peu de soulagement ? Comment devait-elle même se faire attendre pour n’arriver, comme on le verra, après une nouvelle année de combats et une nouvelle et large effusion de sang, qu’à des conditions qui ne devaient pas différer sensiblement du plan primitif ? C’est la question que l’historien lui-même se pose et à laquelle, à première vue, il a quelque peine à trouver une réponse. En y regardant de près cependant, on doit reconnaître que c’était précisément la modération excessive du langage que d’Argenson avait fait tenir à la France qui, en encourageant la résistance de ses adversaires, retardait pour tout le monde le moment de poser les armes ; et sur ce point, l’instinct confus de l’opinion publique ne se trompait pas absolument. Les sacrifices que la France demandait à ses ennemis en échange de ceux qu’elle leur offrait de si bon cœur étaient légers, à la vérité, mais pourquoi les auraient-ils faits, s’ils pouvaient se flatter, moyennant un effort de plus et sans rien compromettre, de n’avoir pas à s’imposer même cette faible privation ? Du moment où on connaissait le dernier mot de la France, on ne risquait rien, on jouait même à coup sûr, avec chance de gagner et sans crainte de perdre,