Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/804

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combien son intervention était nécessaire pour vaincre la mollesse et l’incertitude des conseillers de Louis XV que les précautions de langage qui furent employées en lui faisant connaître une décision aussi sensée pourtant que virile. Ce fut le maréchal de Noailles qui, après l’avoir chaudement appuyée dans le conseil, fut chargé de la lui transmettre en l’accompagnant des recommandations suivantes : « En attaquant les Hollandais, lui disait-il, on est ici cependant dans la résolution d’user de beaucoup de ménagemens à l’égard du pays et des peuples, on ne veut principalement que faire sentir au gouvernement les suites et les funestes conséquences de se laisser dominer par des influences étrangères, et l’obliger enfin à concourir sincèrement à des vues de paix pour assurer la propre conservation de la république. C’est un remède extrême qu’on veut administrer avec douceur, sans néanmoins préjudicier à la fermeté et à la vigueur de l’exécution. J’ai cru qu’il était important que vous fussiez informé des véritables dispositions du conseil du roi sur cet objet [1]. »

Ces paroles étaient à peu près textuellement reproduites dans la déclaration que Chiquet, l’agent resté chargé des affaires de France à La Haye, reçut l’instruction de porter aux États généraux, pour les préparer à l’approche imminente des armées françaises. Les preuves de modération données par la France depuis le commencement de la guerre y étaient rappelées et énumérées : la présence constante et l’accroissement prochain des troupes hollandaises dans les rangs ennemis ne justifiaient-elles pas toutes les mesures défensives ? et si la victoire avait favorisé les années des alliés, les soldats de la république auraient-ils respecté le territoire français ? Du reste, ajoutait le document, tout serait conduit avec une extrême modération. Une sévère discipline serait imposée aux troupes. La religion des populations serait respectée, nulle atteinte ne serait portée à la liberté des consciences, et, pour qu’on ne pût douter du désintéressement du roi de France, il s’engageait à ne considérer les places qu’il occuperait que comme un dépôt qui serait rigoureusement restitué dès que la guerre serait terminée ou que les Hollandais auraient cessé d’y prendre part. Cette argumentation ne souffrait pas de réplique ; on peut s’étonner cependant qu’une justification quelconque fût nécessaire. Tel était toutefois le respect qu’inspirait à l’Europe entière cette petite, mais sage république, — qui, par ses capitaux, fournissait des écus aux trésors de tous les états obérés, et dont les gazettes étaient les seuls organes libres de l’opinion, — qu’au premier moment l’étonnement, j’ai presque dit

  1. Noailles à Maurice, 1747. (Papiers de Mouchy.)