Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/833

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ce moment-là. Mais il les professait inconsciemment en partie, car elles couraient dans l’air : Florence se sentait assez forte pour maintenir son autonomie, surtout contre un pape ambitieux, toujours affamé d’hommes et d’argent et qui semblait se croire encore au temps de Grégoire le Grand. Et le médiateur n’arrivait point avec des instructions conciliantes. Son premier acte fut de demander balia pour rétablir la paix entre les familles ennemies des Grandi et entre les Grandi et les Popolani. Le conseil des Cent et les conseils du capitaine accédèrent à sa requête, sous cette double condition qu’il se servirait avec mesure du pouvoir qu’on lui accordait, et que si, ne parvenant à conclure la paix, il concluait une trêve, la durée de cette trêve n’excéderait pas trois ans. Le légat se mit à l’œuvre, et tira de son portefeuille un projet de réforme sociale qui ne pouvait manquer de convenir aux Noirs et de déplaire aux Blancs : c’étaient les hautes magistratures ouvertes à tous ceux qui en seraient dignes, sans acception de caste ni de parti, et renouvelées tous les deux mois par un septième de tirage au sort, remplaçant le suffrage, — les réformes mêmes que dans la suite les Noirs, parvenus au pouvoir, devaient accepter après avoir chassé leurs adversaires de la ville. Les Blancs repoussèrent le projet, et le cardinal quitta Florence, excommuniée et interdite.

L’excommunication n’était plus ce qu’elle avait été ; elle fut pourtant une arme aux mains des Noirs qui, déjà presque égaux en nombre aux Blancs, se sentirent renforcés par l’appui du pape. Les rixes recommencèrent entre les chefs blancs, les Cerchi, les Cavalcanti, les Adimari, et les Noirs toujours conduits par le violent Corso Donati. Le gouvernement crut pouvoir rétablir l’ordre en faisant acte d’autorité et d’impartialité, et en exilant sans considération de parti les principaux fauteurs des désordres, parmi lesquels Guido Cavalcanti, l’ami de Dante, et Corso Donati, son parent. Guido Cavalcanti, comme on sait, mourut de la malaria, et Corso Donati, de son exil, fit plus de mal à ses adversaires qu’il ne leur en aurait fait en restant à Florence : ce fut lui qui décida Boniface à appeler en Italie Charles de Valois et à le charger de remplir, par la force, la mission de pacificateur, que le cardinal d’Acquasparta n’avait pu exercer. Les Blancs, sentant que leur autorité réunie ne résisterait pas à ce nouveau coup, envoyèrent au pape cette ambassade dont Dante aurait pris la direction en prononçant les légendaires paroles : « Si je vais, qui reste ? et si je reste, qui va ? .. »

Pendant que les ambassadeurs florentins, — avec Dante ou sans lui, — parlementaient à Rome, Charles de Valois approchait de Florence, y entrait sans coup férir, après avoir déclaré aux