Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/873

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ensanglantèrent la plupart des cités flamandes pendant toute la durée du moyen âge.

C’est parmi les notables des diverses corporations que se recrutaient les gildes militaires préposées au maintien de l’ordre intérieur et, au besoin, à la défense de la ville contre les ennemis du dehors. Elles formaient un corps d’élite, le métier des armes étant réputé le plus noble. Suivant la nature de leurs armes, ces gardes civiques étaient classés par catégories. Parmi eux, nous trouvons d’abord les archers qui rivalisent d’adresse en s’exerçant « au joli jeu de l’arc-balète. » Déjà, en 1213, leurs associations ou, suivant le terme usité, leurs « Sermens » sont légalement constitués à Bruxelles. Vers 1302, après la bataille de Courtrai, où la chevalerie française apprit, à ses dépens, à connaître la justesse de leur tir, les archers yprois se formèrent aussi en corporation. Les Sermens d’arquebusiers sont naturellement de date plus récente ; ils se subdivisent en coulevriniers, munis d’armes à feu portatives, et bombardiers ou maîtres ès-canons. Quelques sociétés d’escrimeurs, comme celle des épées à deux mains d’Anvers, s’étaient aussi formées plus tardivement. Partagés entre le désir de les employer à leur profit et la crainte de leur donner une puissance qu’ils pourraient tourner contre eux, les princes leur accordent des privilèges, tout en cherchant à les dominer, à les contenir. Avec la création des armées permanentes, ces associations deviennent sédentaires ; ce ne sont plus que des milices bourgeoises, exclusivement occupées au service de la cité. Elles ont la charge du guet, de la police des rues et des marchés, et lors des visites des princes, elles fournissent une garde d’honneur qui leur fait escorte jusque sur le territoire de la cité voisine.

Civiles ou militaires, toutes ces diverses corporations conservent dans les Flandres le caractère religieux qu’elles ont eu dès l’origine et qui est encore dans les mœurs de ce temps. Toutes sont placées sous l’invocation d’un saint, patron de la gilde : chacune a sa chapelle particulière, ou du moins son autel consacré à ce saint dans une des églises de la ville. C’est ainsi qu’à Gand, on voit la chapelle du Serment des arbalétriers de Saint-George, celle du Serment de Saint-Sébastien, celle des tisserands de laine. Dans la même ville, l’église Saint-Nicolas renferme les autels du Serment de Saint-Michel, de la gilde des médecins, ceux des gildes des charpentiers et des merciers ; celui des boulangers se trouve à Saint-Bavon et celui des marchands de vin à Saint-Jacques. Ce sont de véritables confréries qui rivalisent entre elles de luxe pour la splendeur de leurs autels, la richesse de leurs ornemens sacerdotaux et de leurs trésors, pourvus chacun de calices, d’ostensoirs, de missels et de tentures de prix. Les jours de fête, des distributions de pain et de