Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/879

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Utrecht une association du même genre avec seize autres habitans notables de cette ville ; qui avaient, comme lui, visité le Saint-Sépulcre. La confrérie s’engageait à faire dire des messes pour les membres défunts ; elle se réunissait chaque année pour un repas et concourait à l’éclat de la procession des Rameaux, où ses membres portaient une image du Christ. Le but de cette association, aussi militaire que religieuse, était de réunir entre elles les personnes qui voulaient entreprendre le pèlerinage de la terre-sainte, dans des vues d’édification commune et aussi pour se prêter à l’occasion une aide mutuelle, car, en ce temps, un voyage si lointain à travers des contrées peu sûres, souvent ravagées par la guerre, n’était pas sans offrir bien des dangers [1]. Peu à peu le local des réunions avait été orné d’une série de tableaux représentant les membres de la confrérie et exécutés à leurs frais. Dans l’un d’eux, un artiste d’Utrecht, Jan Scorel, affilié à l’association, s’était peint lui-même, en 1525, avec vingt-quatre de ses confrères. Alors dans tout l’éclat de son talent et de sa renommée, Scorel venait de rentrer dans son pays natal, après de nombreuses aventures auxquelles l’avait entraîné son humeur un peu nomade [2]. Le titre de vicaire de l’église Saint-Jean, qu’il mettait à la suite de son nom dans ce tableau, ne paraît pas, du reste, l’avoir engagé à une vie très exemplaire. Quatre ans après, en effet, il peignait le portrait d’une demoiselle de Schœnhoven, qui devait, par la suite, tenir une assez grande place dans son existence, puisqu’il en eut six enfans. Quoique publiquement connue, cette liaison n’avait pas nui à sa carrière ecclésiastique, car à mesure que s’accroissait sa famille, il avançait en dignité, et dans un tableau du musée de Harlem, représentant treize membres de la confrérie de la terre-sainte, fondée dans cette ville, nous retrouvons Scorel également affilié à cette association, mais avec le titre de chanoine de Sainte-Marie d’Utrecht.

Dans le tableau de Harlem, comme dans les œuvres analogues que la corporation d’Utrecht fit successivement exécuter par le même artiste vers 1540 et en 1541, les associés sont représentés sur un seul rang, de profil et à la suite les uns des autres, tenant une palme à la main. Au-dessus de chaque personnage sont figurées ses armoiries, et au-dessous, sur un papier accroché à la boiserie, une inscription porte son nom et la date de son voyage. Notons dès cette époque le caractère purement civique qu’avaient

  1. Voir à ce sujet l’excellent catalogue du musée d’Utrecht, rédigé sur les notes qu’avait laissées M. de Vries, avec la collaboration de son ami M. A. Bredius et du savant archiviste d’Utrecht, M. S. Müller.
  2. M. le docteur Justi a consacré à la biographie de Scorel et à l’étude de son œuvre une notice aussi consciencieuse qu’intéressante dans le Jahrbuch der K. pretusitchm Kunst-Sammlungen, 1881, t. II, p. 202.