Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/888

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doute flatter ses modèles, a peut-être mêlé à cette représentation des gardes civiques d’Amsterdam quelque réminiscence de la cour de France qu’il avait pu voir au temps de Charles IX, à Fontainebleau où il se trouvait en 1566. Ketel était un nomade, et son témoignage ne doit être accueilli qu’avec réserve, car c’était, de plus, un personnage assez excentrique dans ses allures. Nous avons raconté ici même [1], d’après Van Mander, dont les assertions sur ce point ont été récemment confirmées par des documens découverts dans les archives, comment cet homme qui avait acquis tant d’habileté et de réputation, s’était avisé sur le tard de se servir de ses doigts au lieu de pinceaux et avait même fini par peindre avec ses pieds, pour le plus grand ébahissement de ses contemporains.

Comme s’il voulait corriger ces confidences peu flatteuses pour les miliciens d’Amsterdam, un peintre de cette ville nous apporte sur eux des informations tout à fait opposées. Il est vrai que ce peintre c’est Aert Pietersen et qu’avec le fils du Lange Pier nous sommes assuré de rentrer dans le large courant de la tradition hollandaise. Peu soucieux des élégances exotiques auxquelles son prédécesseur était si sensible, Pietersen, dans son tableau du Ryksmuseum, daté de 1599, nous représente de nouveau ses compatriotes comme des hommes sobres et robustes, munis d’armes Sérieuses, presque uniformément vêtus de noir et rangés, ainsi que l’avaient fait les primitifs, en deux files superposées, dix en haut, neuf en bas. L’un d’eux tient un papier, un autre écrit sur un carnet, un troisième consulte un plan ouvert devant lui et sur lequel son voisin s’apprête à mesurer des distances avec un compas ; d’autres enfin portent des hallebardes ou des arquebuses. Les attitudes sont graves, les visages fermes et résolus, comme ceux de gens préoccupés de la tâche qu’ils peuvent avoir à remplir et bien décidés à faire en toute occasion leur devoir. On le voit, l’œuvre est de prix : elle ne nous offre cependant pas la mesure de ce que vaut Aert Pietersen, et à cette même date de 1599 ses Syndics de la halle aux draps, qui appartiennent également au Ryksmuseum, nous fourniraient une plus haute expression de son talent. C’est aussi comme peintres de corporations municipales qu’il conviendrait de parler de deux autres artistes d’Amsterdam, Cornelis van der Voort et Werner van Valckert, que nous devions pourtant mentionner ici à raison de leurs tableaux de gardes civiques, œuvres relativement assez médiocres et dépourvues d’originalité.

Avec le commencement du XVIIe siècle, l’École hollandaise avait pris conscience de sa valeur, et deux maîtres que leur renommée comme portraitistes désignait pour cet office allaient, en se

  1. Voir la Revue du 15 août 1886.