Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 104.djvu/571

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travailleurs indistinctement. Toute infraction serait punie d’une amende de 500 à 1,000 francs. En cas de récidive, l’employeur contrevenant sera passible d’un emprisonnement de quinze jours à un mois. Et afin d’assurer la loyale exécution des dispositions qui précèdent, création d’un corps de fonctionnaires rétribués par l’État, pour la surveillance de tous les ateliers et établissemens industriels, « y compris l’industrie domestique ; » c’est-à-dire que les agens de l’État auront le droit de violer le domicile privé, d’entrer dans le for intérieur du logis ouvrier, — chose que les anciens despotes avaient à peine osé, — pour s’assurer que nul ne travaille en dehors des heures réglementaires. Car il est probable qu’il y aura des heures réglementaires, que l’on ne pourra prendre l’outil en main avant le signal du matin, et qu’on devra l’abandonner au coup de cloche ou au roulement de tambour du soir. Ce socialisme a toujours un furieux relent de caserne ou de cloître.

Tout cela, d’ailleurs, n’est, paraît-il, qu’un commencement, « un minimum de protection à laquelle les ouvriers ont droit. » Plus tard on fera un pas nouveau dans cette route. Je ne m’occuperai ici ni du futur ministère du travail, sorti parachevé et sans qu’il y manque une écritoire ni un garçon de bureau, du cerveau de M. Raspail, ni de la proposition de M. Barodet, qui tend à « donner l’atelier à celui qui travaille et la terre à celui qui la cultive. » M. Barodet paraît croire que « la terre au laboureur » est la dernière formule du progrès, tandis que l’histoire, notre histoire de France, lui apprendrait que cet état fut au contraire la première étape de la société dans la voie de la civilisation, qu’elle est dans le passé et non dans l’avenir. Il fut un temps où la terre française a appartenu presque tout entière aux laboureurs labourant, — au lendemain de l’abolition du servage, — seulement les uns se sont enrichis, et sont devenus des bourgeois et des nobles, les autres se sont ruinés et sont devenus des valets de ferme et des ouvriers. Ce socialisme patriarcal a également été appliqué à l’industrie : en Prusse, jusqu’aux environs de 1860, où elles ont disparu comme n’étant plus en rapport avec les exigences de la technique moderne, certaines associations de travailleurs, connues sous le nom de knappschaften, étaient maîtresses de la mine qu’elles exploitaient. Leurs membres se succédaient les uns aux autres par l’hérédité. C’était, semble-t-il, dans toute la force du terme, « la mine aux mineurs. » Eh bien, non ! Un assez grand nombre d’intéressés avaient réussi, dans le cours des siècles, à se soustraire à l’obligation de travailler à la mine, tout en continuant de participer aux profits de son exploitation. Il leur suffisait pour cela d’entretenir un remplaçant qu’ils faisaient agréer par la communauté.