Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/207

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Il me semble que jusqu’ici M. Grimm n’a pas commis une seule faute, qu’il est demeuré fidèle à son idée, à son plan, qu’il a su approprier ses moyens à la fin qu’il se propose, que la première partie de son programme ne laisse rien à désirer. Mais la suite me paraît moins satisfaisante. Qu’après avoir remonté le cours des temps jusqu’à Charlemagne, ses élèves de seconde passent de Charlemagne à Auguste, et qu’il les condamne à étudier l’histoire romaine, cela s’explique encore. Cette étude, telle qu’il l’entend et avec les correctifs qu’il y apporte, peut leur être salutaire. Tout chemin mène à Rome, et on revient facilement de Rome à Berlin : — « L’indomptable énergie du caractère romain, nous dit-il, l’égoïsme joint à l’esprit de sacrifice, les hardies résolutions de ce peuple, l’injustice politique conciliée avec la recherche de la justice juridique, un énorme respect pour soi-même, la vénération des autres peuples pour le génie supérieur de ces majestueux conquérans du monde, voilà un bon sujet d’étude pour nos écoliers. Ils s’intéresseront vivement au progrès continu et irrésistible de la grandeur romaine. Ils feront des comparaisons involontaires. » Ces comparaisons tout à la fois leur feront plaisir et les instruiront. Rome avait peu de goût pour les opinions particulières ; en méditant son histoire, ils apprendront que ce qui a manqué trop souvent à l’Allemand, c’est de savoir subordonner ses idées et ses passions personnelles à l’intérêt de l’État.

Au surplus, on ne s’étendra pas sur les guerres de la république. Ce qu’il y a de plus intéressant dans l’histoire romaine, c’est l’époque impériale, qui ne fut point une époque de décadence, mais un âge de glorieuse transformation. L’impérialisme a été inventé par Rome, et il est bon de remonter jusqu’à la source de toutes les grandes idées. On expliquera aux petits Prussiens, arrivés désormais à l’âge où l’on réfléchit, « l’organisation de cette grande communauté internationale que gouvernaient un empereur, des fonctionnaires et une armée. » Cette fois encore, ils feront des comparaisons involontaires ; ils diront : « Nous n’en sommes pas encore là ! » Ils diront aussi : « Nous avons mieux que cela ! »

Mais à quoi donc a pensé M. Grimm en introduisant dans sa première classe un cours détaillé d’histoire grecque ? Ce sera, nous dit-il, le couronnement de l’édifice ; ne pouvait-il le couronner autrement ? Rien n’est plus insupportable que les architectures hybrides, et ce savant architecte a gâté comme à plaisir sa maison, qui est une église. Un cours d’histoire grecque ! Quel profit votre petit Prussien pourra-t-il en retirer ? Qu’y a-t-il de commun entre lui et Périclès, Alcibiade ou Epaminondas ? Est-il convenable, est-il bienséant de lui apprendre que jadis de petites républiques mal réglées, en proie à des inquiétudes malsaines et à qui leur dérèglement plaisait, ont créé tous les arts et toutes les sciences, que malgré le détestable régime politique auquel elles étaient