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Théâtre de l’Opéra : Lohengrin, opéra romantique en trois actes, de Richard Wagner. — Théâtre de l’Opéra-Comique, reprise de Manon.


Les représentations de Lohengrin se poursuivent en paix. Les oies ayant fait silence, le cygne peut chanter. Après quatre ans d’exil, le bel oiseau blanc nous est revenu pour ne plus s’envoler.

Rien n’est intéressant comme d’entendre un chef-d’œuvre qu’on connaît avec des gens de bonne volonté et de bonne foi qui ne le connaissent pas ; rien, hormis peut-être de faire pour ainsi dire à ces mêmes gens les honneurs de ce même chef-d’œuvre, en cherchant pour eux les raisons des jouissances éprouvées en commun. Nous avons eu la semaine dernière un de ces plaisirs ; nous avons l’autre aujourd’hui.

A l’admiration du public, qu’on n’ose plus troubler, se mêle un peu de fièvre encore, comme après la victoire ; un peu d’incertitude aussi, comme devant l’inconnu. Pauvre public ! On a tant fait pour le dérouter ! Il n’y a qu’une chose à lui dire, à lui redire plutôt, fût-ce pour la centième fois, c’est qu’il se trouve aujourd’hui devant un chef-d’œuvre qui n’est ni intolérant ni jaloux. Pour aimer Lohengrin, il n’a pas besoin de rompre avec ses amours passés. Le chevalier blanc ne