Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Par une heureuse coïncidence, l’affaire d’Egypte entrait, à ce moment même, dans la voie des solutions à la suite d’un incident qui mérite d’être rappelé. Après avoir bombardé et pris Saint-Jean-d’Acre, l’amiral Stopford envoya une partie de sa flotte devant Alexandrie sous le commandement du commodore sir Charles Napier. Cet officier-général, non moins connu par son esprit d’initiative que par sa bravoure, se mit, de son bord, en communication directe avec Méhémet-Ali, s’offrant à lui comme l’un de ses plus enthousiastes admirateurs plutôt que comme son ennemi, lui représenta tous les dangers auxquels il s’exposait si, résistant plus longtemps aux puissances, il les contraignait à diriger leurs armes contre le siège même de sa puissance. Ne lui ménageant ni les avertissemens, ni les exhortations, il ne lui cacha point que l’issue de la lutte, si elle se prolongeait, lui serait désormais fatale, et le 29 novembre, sans mandat, sans instructions, il signait une véritable convention qui garantissait au pacha le gouvernement héréditaire de l’Egypte. La marine dépossédait la diplomatie, et ce fut à l’avantage de la paix générale, sinon à l’honneur des diplomates. Voici ce que lord Ponsonby, dans son indignation, en écrivait à lord Palmerston : « Votre Seigneurie aura reçu le rapport du commodore ; tout ce que j’ai à vous en dire, c’est que la Porte a expressément déclaré la convention nulle et de nul effet, et que, mes collègues et moi, nous nous sommes associés à cette déclaration. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’aucun gouvernement, dans la situation de la Porte ottomane, ne pouvait tolérer un seul moment qu’un individu s’arrogeât le droit de traiter pour lui avec un pouvoir considéré, en droit et en fait, comme un pouvoir rebelle… »

L’arrangement intervenu entre Méhémet-Ali et sir Charles Napier n’en resta pas moins le point de départ et la base de la réconciliation du vassal avec son suzerain, ainsi que du règlement définitif de la question d’Orient dans cette période de son histoire. Dans la pensée d’y trouver le meilleur mode de remettre en un état normal leurs relations avec la France, les quatre cours contraignirent la Porte à l’agréer. Après de longs pourparlers, elles signèrent à Londres un protocole constatant que le traité du 15 juillet 1840 avait reçu son entière exécution par la soumission du pacha ; mais cet acte contenait en outre une disposition d’un intérêt plus pressant et destinée à mettre lin au dissentiment qui avait menacé la paix générale. On imagina à cet effet de donner un caractère international à la mesure par laquelle la Turquie avait, de tout temps, interdit l’accès du port de Constantinople aux bâtimens de guerre des autres nations. On stipula donc la fermeture des détroits des Dardanelles et du Bosphore. « Cette transaction, ajoutait le