Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/425

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L’émotion causée par la perte du Blanco Encalada et la capture de l’Itata était à peine calmée quand les succès de l’Esmeralda vinrent relever les espérances des congressistes. Depuis deux mois, l’Esmeralda, détachée à la recherche de l’Itata, qu’elle avait mission de convoyer, n’avait pris aucune part active aux opérations militaires. Au retour de sa croisière dans le Nord, elle se signalait par un heureux coup de main sur les îles Lobos, dont les riches dépôts de guano constituaient l’une des principales ressources financières du gouvernement de Balmaceda. Le 15 juin 1891, l’Esmeralda bloquait le port de l’île et bombardait les entrepôts, pendant que ses compagnies de débarquement détruisaient la voie ferrée et le matériel d’exploitation. En même temps on apprenait qu’une révolte venait d’éclater à Coquimbo, où Balmaceda avait concentré des forces considérables. Un bataillon s’insurgeait, tuait ses officiers et se dirigeait vers Caldera pour se joindre aux congressistes, dont 8,000 hommes occupaient la ville, et en rade de laquelle la junte concentrait sa flotte pour attaquer, disait-on, Coquimbo par terre et par mer.

Si critique que fût, en ce moment, la situation de Balmaceda, il pouvait encore négocier, et, par d’opportunes concessions, terminer le conflit. L’élection présidentielle avait eu lieu à la fin de juin. Seules, les provinces du sud et du centre y avaient pris part ; fidèles encore au gouvernement, elles avaient voté pour le candidat que Balmaceda leur désignait et élu don Claudio Vicuna, qui devait entrer en fonctions le 18 septembre suivant. Maître de Santiago et de Valparaiso, fortement cantonné à Coquimbo, repris aux congressistes, et dont l’occupation couvrait, au nord, les approches de la capitale ; assuré de l’appui des provinces du sud, attendant de jour en jour l’arrivée des navires de guerre construits en France et dont l’adjonction rétablirait l’équilibre avec les forces navales de ses adversaires, Balmaceda était encore en mesure, sinon d’imposer sa volonté, tout au moins de conjurer un désastre imminent. Il s’y refusa avec obstination. Fut-il, comme il le dit plus tard, trompé par les rapports de ses conseillers, ou bien, comme il l’affirma dans ses proclamations, convaincu qu’il avait de son côté le droit et la légalité ? Il n’avait fait, à l’entendre, que se conformer aux précédons politiques de ses prédécesseurs. Chargé du gouvernement de la république, délégué pour y maintenir l’ordre et assurer le fonctionnement des services publics, il ne s’était, prétendait-il, substitué au congrès que sur le refus du congrès de s’acquitter de ses devoirs en votant les lois de dépenses. Pour se justifier, le congrès n’alléguait qu’un fait, à savoir que le cabinet choisi par le président n’avait pas sa confiance ; mais ce cabinet