Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/436

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république Argentine ; selon d’autres, il était réfugié abord du navire amiral des États-Unis, le San-Francisco, mouillé dans le port de Valparaiso et des démarches étaient faites auprès de l’amiral américain pour qu’il livrât son prisonnier. Ce qui contribuait à donner créance à ce bruit, c’était la présence, sur ce navire, du député Odalle Vicuna et du colonel Vidaurre, président du conseil de guerre, amis dévoués de Balmaceda. En réalité, ce dernier avait vainement gagné la baie de San-Antonio, où il espérait s’embarquer à bord du torpilleur le Condell. N’y rencontrant pas ce navire et, revenant sur ses pas, ne voyant aucun moyen de fuir, il était rentré de nuit à Santiago, où il avait été demander un asile au ministre de la république Argentine. M. Urriburia le lui avait accordé, mais ne se dissimulant pas les dangers que courait et faisait courir aux siens cet hôte malheureux, il avait eu recours aux précautions les plus minutieuses pour dépister les recherches et dissimuler la présence d’un étranger sous son toit. Lui seul et un domestique dévoué voyaient Balmaceda ; relégué dans une chambre isolée, sans communications avec le dehors, l’infortuné président se consumait dans son inaction et ses regrets. Son système nerveux, profondément ébranlé par les terribles épreuves qu’il venait de traverser, le livrait sans défense aux suggestions du désespoir. Tout lui paraissait préférable à la vie qu’il menait, et, dans le dernier entretien qu’il eut avec son hôte, il lui déclara son intention de se livrer à la junte congressiste. Il estimait que ses ennemis politiques se contenteraient de l’exiler, et l’exil laissait une porte ouverte à l’espoir.

Mieux au courant que lui de ce qui se passait, et encore sous le coup des pillages et des incendies de Santiago, le ministre chercha à le dissuader ; il ne lui cacha ni la haine dont il était l’objet, ni l’impossibilité où serait la junte de refuser sa tête aux clameurs de la populace. Il le laissa, sinon ébranlé, à tout le moins terriblement impressionné. Il était minuit quand ils se séparèrent. A huit heures et demie du matin, une détonation se fit entendre ; on força la porte de Balmaceda que l’on trouva étendu sur le parquet ; sa main serrait encore le revolver dont une balle avait traversé sa tête. Immédiatement prévenue, la junte délégua une commission composée de MM. Walker Martinez, Melchor, Concho et le juge Aguerra, chef de la cour suprême. Cette commission constata l’identité du cadavre et dressa procès-verbal du décès.

Sur la table se trouvaient trois lettres adressées à sa mère, à sa femme et à M. Urriburia et aussi une note au directeur du New-York Herald. Cette note et la lettre à M. Urriburia appartiennent seules à l’histoire ; elles jettent une lueur sur cette existence tragique, « lies en forment l’épilogue. La première, écrite d’une main ferme,