Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/658

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parler de ce personnage, le geste de dégoût du grand-prêtre qui se détourne du traître, sans vouloir le regarder, ni l’entendre, l’indignation de l’un des assistans placé au-dessus de lui, le mépris, la colère ou la curiosité des autres spectateurs, ne sont pas moins saisissans dans cette scène où, comme il devait toujours le faire par la suite, Rembrandt a retracé avec une fidélité absolue le récit de l’Évangile. J’y retrouvais d’ailleurs quelques-uns des accessoires qui composaient déjà le premier fonds des curiosités que le jeune homme commençait à réunir : le manteau brodé du grand-prêtre, la cuirasse avec des ornemens dorés, suspendue à une draperie, les livres et le tapis placés à gauche sur une table et dont les intonations assez froides et le faire un peu pénible offrent des analogies marquées avec ceux des tableaux de cette période, le Changeur du musée de Berlin, par exemple. L’exécution encore appuyée et assez maladroite, l’éparpillement de la lumière et les exagérations de la mimique s’accordent donc pour cette peinture avec la date de 1628-1629 indiquée par le passage du manuscrit de Huygens qui la concerne.

Avec des détails nouveaux et d’autres qui confirment ou complètent ce que nous savions déjà de la jeunesse de Rembrandt, la découverte de M. Worp, on le voit, nous avait valu par surcroît celle d’une œuvre authentique du maître, sur laquelle, à raison de son caractère encore un peu indécis, on aurait pu longtemps discourir sans arriver jamais à établir avec certitude son authenticité. Un pareil exemple, en tout cas, suffit à prouver l’excellence de cette méthode critique qui, lente en ses allures, ne procède du moins qu’avec sûreté et tirant parti de tous les élémens d’information dont elle dispose, permet de relier entre eux des documens épars, et arrive, par leur groupement naturel, à en former comme une trame continue.


II

Ce n’est pas d’une telle méthode que se recommande l’étude intitulée : Rembrandt comme éducateur [1], qui, publiée sans nom d’auteur, il y a deux ans à peine, compte déjà plus de trente éditions et continue à passionner l’opinion publique en Allemagne. La liste serait longue des brochures suscitées par. ce livre, les unes satiriques, — telles que Höllen-Breughel als Erzieher ; Billige Weisheit ; Est, est, est ; Der Heimlige Kaiser, etc., — et accentuant, avec des plaisanteries un peu lourdes, quelques-uns des

  1. Rembrandt als Erzieher, von einem Deutschen ; Leipzig, 1890.