Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/674

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aussi notoirement absurde que celle qu’il a choisie, M. Lautner aurait pu, s’il avait eu quelque compétence, faire de son temps un meilleur emploi et rendre à la critique un service signalé, en essayant de démêler non-seulement pour Bol, mais pour tous les autres élèves de Rembrandt, comme G. Flinck, Ph. Koninck, N. Maes, G. van den Eeckout et Aert de Gelder, les différences qui existent entre eux et celles, bien plus profondes, qui les distinguent de leur maître. Pour délicate que soit une telle tâche, elle méritait qu’on s’y essayât. Plus d’une fois, en effet, même sur des tableaux faisant partie de collections choisies et déjà anciennes, il est bien certain que la signature de Rembrandt a été substituée à celle de ses élèves ; mais c’est l’insuffisance d’exécution de ceux-ci qui d’habitude pouvait avertir de la fraude. Si, en certains cas, cette fraude apparaissait évidente dès le premier aspect, dans d’autres, au contraire, l’hésitation persistait et un examen prolongé ne faisait qu’augmenter les incertitudes. Au lieu de l’assurance qu’affecte toujours M. Lautner et de ses affirmations dogmatiques, j’ai vu souvent des gens qu’un savoir réel et les études de toute leur vie rendaient les plus propres à décider en des matières si difficiles, s’abstenir, confesser leurs doutes, et en donner, au besoin, des raisons qui témoignaient d’un goût plus sûr et d’une compétence plus réelle que l’aplomb imperturbable des demi-connaisseurs ou des ignorans.

Pour ce qui concerne Rembrandt, après les fables grossières qui, nous l’avons dit, s’étaient répandues sur son compte, ce n’est que lentement et pied à pied qu’il a été possible de rétablir la vérité, en arrachant leurs secrets aux archives contenues dans des dépôts publics alors peu accessibles et très mal classés. Mais rien ne devait rebuter des chercheurs aussi infatigables et aussi sagaces que MM. Bredius et de Roever. Fouillées par eux, les archives notariales, celles des municipalités, celles des paroisses, celles des tribunaux et des diverses corporations nous renseignaient tour à tour sur la famille de Rembrandt, sur sa situation de fortune, sur ses rapports avec ses proches, sur la vie qu’il avait menée à Leyde et sur la durée du séjour qu’il y avait fait. Elles nous apprenaient l’époque précise de son arrivée à Amsterdam, les différens gîtes qu’il y avait occupés. Les registres des ventes nous le montraient achetant, coup sur coup, par lui-même ou par l’intermédiaire de ses élèves, les curiosités de toutes sortes dont il ornait son intérieur ; les procès-verbaux des expertises nous indiquaient ceux de ses confrères avec lesquels il avait assisté à des estimations de tableaux ou d’œuvres d’art. Sur les livres de l’état civil on relevait successivement les dates de son mariage, de la naissance de ses