Page:Revue des Deux Mondes - 1891 - tome 108.djvu/875

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de dacoits, se mit en mesure de les fusiller l’un après l’autre. On comptait par là produire sur les esprits une impression plus forte qu’en les fusillant tous à la fois. Le premier d’entre eux fut placé debout, le dos au mur. Une balle conique vint le frapper entre les yeux et enleva toute la partie supérieure du crâne, la rejetant en arrière d’une façon étrange et grotesque. A cette vue, ses camarades qui se tenaient près de là, attendant leur tour, partirent d’un rire inextinguible. Ils en riaient encore tandis qu’ils avançaient, l’un après l’autre, pour se placer devant le peloton. Ils traitaient cela comme une plaisanterie, de haut goût. » — Le gouvernement anglais, interpellé dans le parlement, promit de mettre fin à « un état de choses qui était un scandale et pouvait devenir un danger. » Mais les exécutions continuèrent comme devant, et c’est seulement quand lord Dufferin s’embarqua pour la Birmanie, que, le jour même de son départ, le général Prendergast lança une proclamation pour interdire ces « exécutions à volonté. » Depuis lors, la peine de mort devint plus rare et ne put, d’ailleurs, être prononcée qu’après une procédure régulière et par des juges civils.

D’autres fois, c’étaient des légèretés impardonnables. Un groupe de paysans inoffensifs s’était, tout tremblant, réfugié sous un arbre : ce ne pouvaient être que des pirates et on les saluait d’une volée de projectiles. Des villageois, — fait plus récent, — ayant été régulièrement condamnés à la déportation dans un district éloigné, on confia à un entrepreneur le soin de les nourrir. Cet entrepreneur, au lieu de vivres, leur donnait de l’argent. Mais il fut si peu surveillé qu’il put, pour soixante-deux jours, à 47 personnes, n’allouer que 105 roupies, moins de 200 francs. Ailleurs, c’étaient les plus révoltantes injustices : en 1887, un chef de dacoits s’était rendu sur la parole d’un fonctionnaire qui lui garantissait la vie sauve ; le gouvernement de l’Inde refusa de faire honneur à cette parole et ordonna de fusiller l’homme. En 1890, — car ce semble être maintenant de jurisprudence, — un dacoit redouté, Boh Yanyum reçoit une lettre d’un officier de police qui lui promet la vie sauve ; l’évêque bouddhiste intervient de son côté : Boh Yanyum fait sa soumission au député-commissaire de Myingyan. Celui-ci, sans même nier la promesse, le condamne à mort. Toute la province s’émeut, car Boh Yanyum, chose rare, est peut-être moins un pillard qu’un patriote ; la population, les prêtres, les moines manifestent en sa faveur ; le juge d’appel reconnaît qu’on lui a, en effet, promis la vie et même quelque chose de plus ; il commue, ne pouvant faire davantage, la peine de mort en celle de la transportation à vie et signe un recours en grâce. Mais pendant des mois le gouvernement reste sourd à la justice, aux vœux des indigènes, à l’intérêt même de la domination anglaise : c’est seulement après de longs