Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 109.djvu/97

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tères qui y furent fondés par saint Ursus. Sur son territoire s’édifièrent de superbes églises romanes, les grandes abbayes de Déols et de Fongombault, des cathédrales aux sanctuaires vénérés par les rois de France. Il y fut tenu des conciles. Quoique cette région fût couverte de monastères et d’abbayes, c’est du Berry, — et c’est peut-être pour cela, — que Calvin partit pour prêcher la réforme, tout en laissant à Issoudun et à Sancerre des adhérens à ses doctrines.

Ce fut encore un centre guerrier et politique. Les grands noms de la France y ont laissé d’héroïques souvenirs. Les plus éclatans sont ceux des Ghauvigny, d’Ars, Arpin, Xaintrailles, La Trémouille, Montmorency et d’Aumont. Les roturiers du Berry eurent, longtemps avant les roturiers des autres provinces, le droit de posséder des fiefs ; ils naissaient dans un pays de franc-alleu et à ce titre, ils pouvaient, sans être nobles, acquérir des domaines. Enfin, c’est à Bourges que Necker institua l’une de ces réunions provinciales qui furent le prélude de l’assemblée nationale de 1789.

Ajoutons enfin qu’il y avait autrefois en Berry un centre scientifique et littéraire, et un autre centre juridique dont Cujas fut une des grandes lumières. Qu’en reste-t-il maintenant, et en quoi le Cher et l’Indre se distinguent-ils des autres départemens ? En rien, car une centralisation absorbante a tout nivelé.

I. — LIMITES, LÀ BRENNE, SORCELLERIE.

Des hauteurs centrales de la France, de la Haute-Marche et de la chaîne nuageuse des Monts-Dômes, où tant de cratères encore rouges de pouzzolane, tant de sources brûlantes mêlées à des entassemens de cendres, de scories et de bombes calcinées, témoignent de récentes convulsions, s’écoulent d’innombrables ruisseaux, dont plusieurs, devenus importans cours d’eau, arrosent le magnifique bassin de la Loire. Tous ces chemins qui marchent, selon l’image si vraie de Pascal, et, dans le nombre, le Cher, la Creuse, l’Indre, la Gargilesse, la Bouzanne, la Claise issue de la Brenne fiévreuse, ainsi que bien d’autres rivières moins importantes, sont loin d’avoir suffi à fertiliser ce bassin, là surtout, où, comme dans la Sologne, des courans rapides eussent été indispensables à l’assainissement des terrains plats. La Loire elle-même, grossie de l’Allier, se borne à l’enserrer au nord et à l’est d’une claire et limpide ceinture. Est-ce terreur de l’inconnu, de ce qui était « au-delà » qui fit que cette barrière si facile à franchir fut souvent