Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/380

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avant d’obtenir leur diplôme. De même à Rome, à Milan, à Naples, à Palerme, il existe des Écoles normales d’hommes et de femmes où l’on forme des professeurs de gymnastique pour les deux sexes. A Turin, un éminent physiologiste, M. Mosso, vient d’inaugurer une série de recherches sur les effets des différens exercices physiques. A notre visite à son laboratoire, dans le courant de novembre dernier, le savant professeur avait déjà pu tirer de ses travaux encore inédits des conclusions analogues, nous a-t-il dit, à celles que nous avons formulées nous-même dans nos précédens écrits, et dont ces pages représentent en quelque sorte la synthèse.

L’éducation physique est donc bien près de devenir une science positive. Pour qu’elle le soit tout à fait, il suffira qu’on vulgarise et qu’on rende accessible à la masse du public certaines notions de physiologie et d’hygiène qui restent encore dans le domaine trop exclusif du laboratoire et des ouvrages spéciaux. Il existe des méthodes précises pour évaluer les résultats des exercices physiques. De même que des examens de fin d’année permettent au professeur de se rendre compte des progrès scolaires de ses élèves, ainsi des procédés d’investigation d’un emploi facile peuvent permettre à ceux qui appliquent l’éducation physique de se rendre compte de ses résultats. Le dynamomètre permet d’évaluer l’augmentation de force des muscles, le spiromètre l’augmentation de l’ampleur des mouvemens respiratoires, le thoracomètre l’accroissement du thorax ; la balance même peut donner des renseignemens utiles.

C’est à l’aide de ces moyens de contrôle qu’on pourrait juger exactement la valeur des divers exercices, parce qu’on serait exactement renseigné sur leurs résultats. Et l’on réformerait ainsi bien des erreurs, on ferait justice de bien des préjugés. On arriverait enfin à réunir par des convictions scientifiques et rationnelles tous les partisans de l’éducation physique, qui sont si souvent divisés à propos du choix d’un exercice parce qu’ils n’ont d’autre guide que leurs préférences personnelles. C’est ainsi que l’on pourrait rendre féconds tant d’efforts qui demeurent impuissans parce qu’ils se paralysent réciproquement, étant dirigés en sens opposé.


FERNAND LAGRANGE.