Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/129

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En France, les terres de prairies ont été étudiées comparativement aux terres arables qui sont travaillées chaque année et reçoivent des engrais, et contrairement à ce qu’on aurait pu penser, ce sont les terres maintenues en prairies permanentes qui présentent la plus haute teneur en azote combiné. Tandis que nos terres arables ne renferment guère que 1 à 2 millièmes d’azote appartenant à des matières organiques, on dose 4 5, 6, jusqu’à 10 millièmes d’azote dans le sol des prairies permanentes, même des prairies hautes de montagne sur lesquelles il est absolument impossible de faire arriver des engrais.

Or, quand on calcule le poids d’azote combiné que renferme la terre d’un hectare, d’après les données fournies par l’analyse, on trouve qu’en moyenne la terre d’un hectare prise jusqu’à une profondeur de 0m,35 pèse environ 4,000 tonnes de 1,000 kilos ; on voit, par suite, qu’un millième correspond à 4,000 kilos, et 10 millièmes constatés, ainsi qu’il vient d’être dit, dans le sol de quelques prairies, à 40,000 kilos : visiblement ce stock énorme de matière organique azotée ne peut avoir pris son élément le plus précieux, son azote, qu’à l’immense réservoir de l’atmosphère.

Cette fixation de l’azote atmosphérique dans les sols des prairies permanentes est au reste assez rapide pour qu’il soit possible de le constater par l’expérience.

Sir J.-B. Lawes, correspondant de notre Académie des Sciences, a consacré, depuis cinquante ans, le domaine qu’il possède à Rothamsted, en Angleterre, à une faible distance de Londres, à une série d’expériences que connaissent et qu’admirent tous les agronomes. Secondé par M. le docteur Gilbert, il a largement contribué à éclairer nombre de questions relatives à la croissance des végétaux cultivés, à l’entretien des animaux domestiques [1]. Parmi les nombreuses expériences exécutées à Rothamsted, l’une d’elles nous intéresse particulièrement. En 1856, MM. Lawes et Gilbert transformaient en prairie une portion du domaine de Rothamsted qui, depuis de longues années, n’avait servi qu’à la culture des céréales. Le sol renfermait alors 1 gr. 52 d’azote par kilo de terre ; on l’a fumé régulièrement et à doses telles que toujours l’azote des engrais dépassât celui des récoltes fauchées, de 15 kilos environ chaque année.

Ce maigre excédent est à peine suffisant pour couvrir les pertes d’azote qu’occasionnent les eaux de drainage qui s’infiltrent dans le sous-sol, et si l’azote de l’air n’intervenait pas, on devait trouver

  1. Un comité, dont le prince de Galles a bien voulu accepter la présidence, réunit en ce moment même les fonds nécessaires pour offrir à sir J.-B. Lawes un témoignage de l’estime où le tient le monde agricole, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la création du champ d’expériences de Rothamsted.