Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 117.djvu/653

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
647
LA NAVIGATION AÉRIENNE.

marcherait le bout effilé en avant. — Toutes choses égales d’ailleurs, on doublerait presque la vitesse, affirment-ils. — En aucune façon, répondent les autres. On n’irait pas plus vite, mais la stabilité de l’appareil serait gravement compromise. On verrait l’aérostat, protestant à sa façon contre ce changement de posture, rendre à chacun son rôle, et, par ce qu’on appelle dans les manèges un tête-à-queue, remettre le gros bout en avant. — On en est là. L’expérience seule peut faire voir qui des deux a raison.

Que d’autres questions, outre celles de la forme du ballon, restent encore à résoudre pour diminuer la résistance d’une part, et de l’autre augmenter non-seulement la puissance, mais encore la durée possible du fonctionnement ! La forme de l’hélice, sa position à l’avant ou à l’arrière, la distance qui sépare son axe de celui suivant lequel s’exerce la résistance, le moteur, enfin qu’il faut non-seulement puissant et léger, mais encore approvisionné pour une marche d’une journée peut-être, tels sont quelques-uns des points encore fort obscurs qu’il faudrait élucider. C’est avec le dirigeable lui-même qu’on y arrivera, sans doute, le plus sûrement.

On sera d’ailleurs bientôt en possession de faits nouveaux. De tous côtés, en Amérique principalement, surgissent de nouveaux projets de dirigeables. La plupart, il est vrai, ne repassent jamais le seuil de l’office des brevets, dont les cartons, berceaux imposteurs, deviennent autant de tombeaux. Chez quelques-uns de ces projets d’outre-mer, apparaissent cependant des indications qui pourraient être utilement recueillies. Tels sont les ballons conjugués et avec eux la tendance à placer l’axe de l’hélice, — sinon en coïncidence complète avec l’axe de la résistance, — tout au moins en parallélisme dans un même plan horizontal, ce qui est, en effet, tout à fait rationnel.

Mais ce ne sont là que des projets. Ce qui nous donne un espoir plus certain, c’est que le savant et laborieux directeur de Chalais n’est pas resté inactif depuis huit ans. Les rares initiés qui savent ce qui se passe chez lui nous parlent de la prochaine ascension d’un nouveau « dirigeable. » Il sera, dit on, d’un volume double de celui de 1885 ; la dynamo et la pile, si excellentes cependant, mais d’un fonctionnement de trop courte durée, seront remplacées par un moteur à pétrole ou plutôt à gazoline, inventé tout exprès. Bien que pesant par cheval-vapeur une fois et demie moins que celle de la France, cette nouvelle machine sera capable d’actionner pendant une dizaine d’heures une hélice de 9 mètres de diamètre, laquelle, tournant à raison de deux cents tours à la minute, imprimera à l’appareil la vitesse, fort satisfaisante, de 40 kilomètres à l’heure. Nous avons encore des trains de voyageurs qui, tout compté, ne vont pas