Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 119.djvu/234

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d’entre eux, nous l’espérons, passagère, dans le triomphe de leurs programmes.

La preuve, c’est que, partout où ils ont succombé, c’a été devant des concurrens plus républicains, aucun conservateur n’ayant contre eux risqué la lutte. Ceux mêmes d’entre eux qui ont réussi n’auraient peut-être pas été nommés s’ils n’avaient eu l’appoint des voix du centre gauche. Ils ont donc fait œuvre bonne et salutaire. C’est pourquoi, tout en regrettant l’échec d’un orateur tel que M. de Mun, dont la chambre tout entière admirait la parole convaincue, ou celui d’un parlementaire aussi ferme dans son libéralisme que M. Piou, nous n’en devons pas moins les féliciter de la campagne patriotique, pleine de dégoûts et de tristesses, qu’ils ont courageusement poursuivie.

Si, des opinions de la nouvelle chambre, nous passons aux personnes qui la composent, nous remarquons, dans les succès et les défaites les plus en vue, la trace des mêmes préoccupations du corps électoral. MM. Clemenceau et de Cassagnac en ballottage, dans le Var et le Gers, tous les deux, d’après les chiffres du 20 août, en train de disparaître de la scène politique, n’est-ce pas un signe des temps ? Pour le premier, c’est, malgré des efforts désespérés, la fin d’une dictature néfaste et ténébreuse qui a trop longtemps amoindri le prestige national ; pour le second, c’est la condamnation d’un système remplaçant trop souvent les argumens par les injures, d’une ère d’opposition violente et vaine. Comme Roméo à Tybalt, le pays, assoiffé d’apaisement, semble dire à ces démolisseurs : « Le temps des haines est passé ! » Le même sentiment semble dicter la réponse des électeurs d’Amiens et de Paris à MM. Drumont et Andrieux, qui les avaient sollicités. Le plus rude châtiment de ceux qui font appel aux basses passions de la foule est de ne pas être écoutés par elle : aussi est-ce avec joie que nous enregistrons la rentrée dans la vie privée de socialistes comme MM. Lafargue et Moreau dans le Nord, Dereure à Paris, Ferroul à Narbonne. Si leur parti doit être représenté à la chambre, mieux vaut qu’il le soit par son chef, M. Jules Guesde, l’élu de Roubaix, qui, de la tribune législative, pourra à merveille expliquer au pays son système, en vertu duquel une heure vingt minutes de travail par jour devra désormais suffire au bonheur de l’ouvrier.

S’il y a des élections bizarres, comme toujours, s’il y en a quelques-unes aussi d’attristantes, il y a en revanche des élus dont la France salue avec joie l’entrée dans ses conseils : tel est M. le vicomte de Vogué, dans l’Ardèche ; nous n’avons pas à faire, dans la Revue, l’éloge de l’écrivain ; nous y serions mal à l’aise pour faire l’éloge de l’homme. Le pays compte sur cette âme ardente et généreuse pour élargir certains débats arides, par une note de pénétrante humanité. Le nouveau député, qui descend ainsi la Seine du pont des Arts au pont de la