Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 124.djvu/525

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avec le Saint-Siège et, ainsi encore, le Saint-Siège est bien le « lieu de l’unité » [1].

De ce gouvernement de l’Eglise, le Sacré-Collège des cardinaux est le rouage principal. Les cardinaux ne sont pas créés uniquement pour orner la curia, la cour romaine, dans les jours de solennité. Ce sont des cardinaux qui président les différentes congrégations ; à des cardinaux sont confiées les grandes charges pontificales, d’ordre spirituel ou d’ordre temporel, ecclésiastiques ou séculières, religieuses, ou politiques, ou mixtes, puisque l’Eglise ne touche plus à ce monde que par ce qui intéresse l’autre. Un cardinal est secrétaire d’Etat du Souverain Pontife, un cardinal est préfet de la Propagande, pour ne citer que des fonctions qui soient incontestablement des fonctions politiques et de gouvernement. Au temps de la papauté-royauté, quand les trois couronnes de la tiare n’étaient pas purement symboliques, des cardinaux étaient légats ou gouverneurs dans les provinces des États de l’Église. Mais ce n’est pas tout et le Sacré-Collège, en tant que corps constitué, a des fonctions de gouvernement. Il est auprès du pape comme un conseil toujours présent et les consistoires ne sont, à remonter aux sources, que des séances de ce conseil. Mais l’avis du Sacré-Collège n’oblige pas le pape, qui seul est le Souverain Pontife, en qui seul réside cette souveraineté, la moins caractérisée humainement et toutefois la plus authentique que l’on sache, puisque le pape seul occupe le Saint-Siège, et l’Église catholique est une monarchie aussi réellement que gouvernement puisse en être une. Ce n’est que lorsque le Saint-Siège est vacant et pour la courte durée des interrègnes, cette monarchie étant élective, que le Sacré-Collège est pleinement tout ce que les Canons font de lui. Alors il fournit un exemple (il n’en est pas de plus certain ni de meilleur) de ce que les théoriciens désignent par le mot de « souveraineté collective ou collégiale ». Il est un groupe fermé et parfaitement cohérent, dont aucune personnalité ne se détache et ne l’emporte [2], jusqu’à la proclamation du nouveau Pontife. Dans le cérémonial ecclésiastique, le dais est l’emblème de la souveraineté. Or, chaque stalle, au Conclave, est surmontée du dais : soixante-dix stalles, soixante-dix dais, soixante-dix parts, ou plutôt soixante-dix élémens de la souveraineté, en attendant qu’un pape soit élu, que tous les dais s’abattent, sauf un seul, et que la souveraineté, au lieu d’être une en soixante-dix personnes, redevienne une en une

  1. Saint Cyprien, Epist. ad Cornel., IV, 2.
  2. Nous dirons plus loin quelques mots du rôle du cardinal camerlingue, du cardinal doyen et des cardinaux chefs d’ordre.