Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 124.djvu/527

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Lyon, M. de Rouen, M. de Meaux ou M. de Cambrai ; mais, pour les cardinaux, en cour de Rome, tout se rapporte à une circonstance romaine, et la raison s’en devine aisément, si, de bonne heure, la dignité de cardinal est exclusivement romaine.

Dans le sein de l’Eglise romaine, il s’était constitué des groupes ecclésiastiques analogues à nos paroisses. Chacun de ces groupes avait été pourvu de sa basilique, desservie par des prêtres qui en habitaient les dépendances. C’est là proprement le titre : la résidence dans l’église, et l’on pourrait en quelque sorte montrer sur un plan de la ville que le Sacré-Collège, ou du moins le cardinalat, fut, à ses origines, une institution toute romaine, toute locale, et qui, dans Rome même, se localisait étroitement en de certaines églises, ou plus exactement encore en de certains presbytères, qui s’attachait aux maisons des prêtres desservant régulièrement et quotidiennement ces églises [1]. La dignité, le titre de cardinal n’était, pour ainsi dire, pas personnel : il était réel et, encore une fois, attaché à l’église ; il s’acquérait par la possession d’office : c’était, encore une fois, l’église qui le conférait au prêtre ; le prêtre le prenait comme représentant de l’église, de son église et de telle église. Mais, de même qu’on disait, des prêtres titulaires des principales églises de Rome, les prêtres cardinaux, on ne tarda pas à appeler les six évêques suburbicaires, les six évêques de la province de Rome ; à savoir, d’Ostie et Velletri, de Porto et Sainte-Rufine, d’Albano, de Frascati, de Palestrina et de Sabina, les évêques-cardinaux ; et, plus tard, on dit aussi des principaux diacres des diverses églises mineures, dans l’enceinte même de la ville, les diacres-cardinaux. S’il fallait faire plus que de noter le fait et si c’était le lieu d’en donner l’explication, peut-être la chercherait-on dans le système suivant lequel, au temps de la primitive Eglise et antérieurement au XIe siècle, il était procédé à l’élection des papes.

Les papes furent d’abord élus, comme évêques de Rome, dans la forme ordinaire où l’on élisait les évêques. Saint Cyprien, voulant défendre l’élection contestée de saint Corneille, assure qu’elle a été faite « par la disposition de Dieu et du Christ, le

  1. « La première apparition que fassent les titres dans les documens historiques est seulement de 341, et la première inscription qui les mentionne est de 377. A la fin du Ve siècle ou au commencement du VIe, et sans doute déjà bien auparavant, on ne comptait pas moins de vingt-cinq églises titulaires, comme on le voit aux signa-turcs des prêtres de Rome qui prirent part au fameux Concile tenu sous le Pape Symmaque en l’an 499. Les vingt-cinq titres Gregoriani (595) sont presque identiques encore aux titres Simmachiani. Au XIIe siècle, vers le temps de Calixte II, le nombre des titres presbytéraux fut porté de 25 à 28 ». (Monsignor Isidoro Carini, De’Titoli della Chiesa romana.)