Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 124.djvu/604

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campagnes voisines de l’Escurial. Aussi plus tard, vers 1635, au moment où Philippe IV songeait à orner de tableaux cynégétiques les salles du petit château de Torre de la Parada, Velazquez, tout en conservant le visage du portrait exécuté quelques années auparavant, n’hésita pas à repeindre les vêtemens, le paysage et le chien placé à côté du chasseur ; la facture en est, en effet, plus souple et plus magistrale. Aux traces que Ton découvre de la peinture primitive, il est facile de reconnaître que la tête a été aussi plus dégagée des épaules, le col aminci, le manteau diminué par places et amplifié sur d’autres points, et l’une des jambes rejetée un peu en arrière. En même temps que l’aplomb de la figure est ainsi mieux accusé, la tournure générale a gagné comme élégance et comme vérité de mouvement. Le ciel gris foncé semé de quelques éclaircies et le bleu savoureux des fonds accompagnent merveilleusement les bruns du costume. L’ensemble est lumineux, d’une grande sobriété et d’une tenue superbe, et en dépit de la simplicité extrême de l’accoutrement, ce grand garçon svelte et bien pris à tout à fait grand air. Auprès de lui, son lévrier favori, avec sa physionomie placide, est, comme peinture, une merveille d’exécution, et le profil sévère de la montagne, — il rappelle celui du Guadarrama qui domine l’Escurial, — achève de localiser cette peinture vraiment typique qui caractérise avec des traits si exacts une contrée, une race, et une époque très particulières.

On se tromperait étrangement d’ailleurs si, à raison de l’extrême liberté de cette peinture, on n’y voyait qu’une copie littérale de la réalité. Derrière la main qui exécute on sent toujours la pensée qui la guide. Mais d’autres œuvres de Velazquez nous feront encore mieux apprécier la double distinction de son esprit et de son talent. Attentif à tout ce qui pouvait honorer son maître, il n’a pas cessé de varier non seulement l’ordonnance de ses portraits, mais les milieux très divers dans lesquels il le place, comme s’il avait à cœur de fixer d’une manière précise les aspects sous lesquels celui-ci devait se montrer à la postérité. Entre toutes les effigies qui conviennent à un souverain, la statue équestre est la plus magnifique, celle qui prête le mieux à une sorte de glorification de sa personne. Soucieux comme il l’était de maintenir son crédit par ses flatteries, Olivarès avait songé à élever à Philippe IV un de ces monumens, consécration visible du titre de grand qu’il lui décernait dans tous les actes publics. La commande en avait été faite au florentin Pietro Tacca et c’est sans doute à cette occasion que, vers 1635, Velazquez peignit le grand portrait dont il exécuta également une réduction destinée